Ce compromis passé entre la Grèce et ses partenaires de la zone euro, il faudrait l’applaudir et s’en réjouir mais non, ce n’est bizarrement pas ce qu’on lit ou entend. Il y a ceux qui s’étonnent qu’un gouvernement considéré comme radical ou d’extrême gauche s’engage à ne pas augmenter l’endettement de son pays. Il y a ceux qui estiment, et en manchette, que la Grèce se serait « pliée aux exigences de Bruxelles » et il y a ceux enfin, Mme Le Pen en tête mais également à l’autre extrême des échiquiers politiques, qui en sont à déjà dénoncer ou craindre une « trahison » du gouvernement grec.

Bon… Chacun est libre de penser ce qu’il veut mais l’ignorance que dénotent ces réactions est proprement stupéfiante. Car enfin est-ce sur un projet de sortie de l’Union européenne ou même de l’euro que Syriza, le parti d’Alexis Tsipras, a remporté les élections ?

Non. Ce parti et ses dirigeants ont toujours dit, au contraire, qu’ils voulaient que la Grèce reste dans la zone euro « dont nous ne sommes pas locataires, disaient-ils, mais copropriétaires ». Ce qu’ils voulaient, en revanche, c’est que les conditions mises à l’aide reçue par la Grèce ne soient plus dictées par des fonctionnaires mais débattues au niveau politique entre partenaires européens, qu’elles soient moins brutales afin de permettre à la Grèce d’alléger le poids de sa dette en relançant sa croissance économique par l’augmentation du pouvoir d’achat et que ce soit donc la Grèce elle-même et non pas le reste de la zone euro qui décide où et comment elle devait réduire ses dépenses.

Il était dès lors évident qu’on arriverait à un compromis qui ne serait par définition pas ce que ce gouvernement aurait ambitionné dans l’absolu. Comme dans toute négociation, le gouvernement Tsipras avait mis haut la barre puisqu’il allait avoir, bien sûr, à la descendre. Il est absurde et même choquant de le critiquer d’avoir su faire des concessions - au demeurant pas si grandes - et la seule question à se poser, le seul doute qu’on puisse nourrir, est de savoir si la réforme de l’Etat et la lutte contre la fraude fiscale auxquelles Syriza entend s’atteler au plus vite lui permettront vraiment de tenir ces promesses de relance par le pouvoir d’achat qu’il a réitérées dans ce compromis.

C’est tout, sauf évident. Ce gouvernement peut échouer. Il le sait et le dit mais comment peut-on ne pas se féliciter qu’un parti venu de l’extrême gauche sache conclure un compromis et veuille faire évoluer, en Grèce et dans toute l’Europe, par la négociation et non pas par la rupture, des politiques communes que le FMI, la nouvelle Commission, toute la gauche européenne, une grande partie de la droite aussi et les Etats-Unis également jugent aujourd’hui socialement intenables et surtout contreproductives ?

La Grèce ne plie pas. Elle s’inscrit dans une évolution en cours en Europe, une bien trop lente évolution qu’elle accélère tout en n’oubliant pas qu’à trop vouloir brusquer les choses, elle ne ferait que tout briser et, d’abord, elle-même. Libre à chacun de penser que ce gouvernement se déjuge, trahit ou se rend mais le fait est que ces nouveaux venus en politique ont infiniment plus de sagesse et de vision que ceux qui les critiquent ou les moquent avec tant de légèreté.

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