Pour résoudre un problème, rien de tel que de le dramatiser. La méthode est connue et son efficacité prouvée mais lorsque le Commissaire européen aux affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, déclare que la crise des réfugiés « met en jeu l’unité de l’Europe » dont « tout le système peut s’effondrer » il ne dramatise malheureusement pas.

Il dit vrai car hier, la énième réunion que les 28 ministres européens de l’Intérieur consacraient à ce dossier a donné à voir que chacun des pays membres n’en faisait plus qu’à sa tête, que les frontières intérieures se fermaient les unes après les autres et qu’à ce rythme, on en serait à une vraie crise sous dix jours, non pas à l’amplification de la crise des réfugiés mais à une crise de l’Union.

Ce délai n'a rien d'approximatif car il est ressort des échanges que si la Turquie n’a pas réduit le flot des réfugiés avant la prochaine réunion des ministres, le 7 mars, l’Espace Schengen et la libre circulation dans l’Union aurontt alors vécu.

Plutôt que d’appliquer les solutions proposées par la Commission, plutôt que de se répartir les réfugiés comme ils s’y étaient pourtant engagés, les pays européens ont autrement dit choisi de compter sur un pays tiers. A entendre leurs dirigeants, ce serait à la Turquie d’agir puisqu’ils lui ont proposé 3 milliards d’euros pour contrôler ses côtes, empêcher les réfugiés syriens d’en partir vers la Grèce et leur offrir des camps décents.

Or le problème est que la Turquie n’est plus loin de replonger dans une guerre civile avec ses Kurdes.

En pleine crise économique et politique, ce pays a bien d’autres chats à fouetter que d’accueillir - trois milliards d’euros ou pas - de nouveaux réfugiés alors qu’il en héberge déjà 2 700 000, près de trois fois plus que toute l’Union.

Alors, oui, les bâtiments de l’Otan qui seront déployés en Mer Egée repousseront des réfugiés vers la Turquie qui devra accepter leur retour. Alors, oui, la Turquie fera sans doute quelques efforts mais c’est faire l’autruche qu’espérer qu’elle fasse disparaître le problème, et sous dix jours.

Qu’on le veuille ou non, sauf à aller couler leurs radeaux en haute mer, il n’y a pas d’autre solution qu’une équitable répartition des réfugiés. Si les gouvernements européens s’obstinent à la refuser - et il y a tout lieu de le craindre - ce n’est pas seulement qu’ils porteront un très rude coup à leurs économies en mettant fin à la libre circulation des hommes et des marchandises.

C’est aussi que les pays de premier accueil, l’Italie et la Grèce, seront totalement débordés et que, s’il n’y a aucune solidarité européenne sur les réfugiés, il n’y en aura bientôt plus sur rien.

Par une lâcheté à laquelle seule Mme Merkel fait exception, les dirigeants européens mettent l’Union en péril car on voit mal comment une telle débandade ne déboucherait pas sur un Brexit et comment l’addition de ces deux échecs n’en précipiterait pas d’autres.

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