L'Allemagne sera donc bientôt en ordre de marche...

Pardonnez-moi, mais en fait, l'Allemagne n'a jamais cessé de fonctionner. Je ne cesserai jamais assez de le dire : dans les régimes parlementaires comme l'Allemagne, la constitution de coalition prend toujours des semaines, voire des mois.

Le système fonctionne de telle façon qu'il n'y a jamais de vacances du pouvoir, il y a par contre une incertitude sur les priorités à venir qu'un rapport de coalition gros comme un dictionnaire et dument édité, voire distribué, vient préciser.

Autrement dit, on arrive au bout d'un processus absolument classique où, à la fin, comme depuis 12 ans, c'est Angela Merkel, la chancelière Téflon, qui l'emporte. Même dans des circonstances parfaitement contraires à la logique :

A l'issue des élections de septembre 2017, non seulement son parti, la CDU, a obtenu un des pires scores de son histoire mais son partenaire de coalition, aussi ! Jamais les sociaux-démocrates allemands n'étaient tombés aussi bas ! Pourtant, ils y retournent !

C'est l'extrême-droite qui les oblige à cette alliance

Précisément ! Juste une précision : en Allemagne, un million et demi de réfugiés accueillis en 2 ans aboutissent à 12,6% de voix pour l'extrême-droite. La France n'en a pas accueilli le centième et nous nous débattons avec un tiers de votants pour le FN !

Cette digression faite, revenons à l'Allemagne. Quel est le calcul d'Angela Merkel et de sa GroKo, ou grande coalition, de « losers » – ce n'est pas moi qui le dit, c'est la presse allemande ? L'idée est de noyer sous l'ennui et la vacuité les électeurs de l'AFD.

C'est le même pari qu'avait fait les sociaux-démocrates avec Die Linke, l'extrême gauche allemande : nous, nous gouvernons ; eux, ils protestent. Nous sommes utiles au pays ; eux ils s'agitent. Mauvais calcul : Die Linke, en 2017 a fait sensiblement le même score.

Et pourtant, c'est ce que tente de faire Angela Merkel à droite cette fois : elle tente d'apporter la preuve qu'un vote pour l'AFD, pour l'extrême droite, est un vote perdu, inutile voire dangereux. C'est un pari dangereux qu'on perd presque à chaque fois !

Donc, il n'y a rien a attendre de ce gouvernement ?

On peut faire le pari que non, que l'Allemagne est un énorme paquebot prudent et auto-gouverné qui déteste les embardées et donc les décisions intempestives et les réformes trop brutales, surtout lorsqu'elles sont suggérées depuis Paris.

Mais on peut aussi faire le pari inverse, et c'est celui que je fais. Angela Merkel sait que ce 4ème mandat est probablement son dernier, même si on l'a déjà donné pour morte plusieurs fois avant qu'elle ne s'en sorte toujours.

Or dans l'histoire allemande, les grands chanceliers profitent de leur premier ou de dernier mandat pour marquer l'histoire : Willy Brandt à genoux en 1970 devant le mémorial du ghetto de Varsovie ou Helmut Kohl et la réunification suivie de Maastricht.

Or Angela Merkel a fait mieux que la plupart d'entre ces vénérables chanceliers du XXème siècle en terme de longévité, mais pas encore en terme de legs historiques. Moi, je fais le pari que c'est un de ses buts pour les années à venir.

Elle a pour cela la coalition parfaite, compatible avec toutes les combinaisons politiques de l'Europe qui compte, de la France à l'Espagne par le nord de l'Europe et peut-être même l'Italie. Et elle a même un allié de poids à l'Elysée avec qui composer. 

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