L’échec de la première phase du forcing de Juan Guaido contre le régime de Caracas contraint les Américains à revoir leur stratégie : sont-ils prêts à aller jusqu’à l’intervention militaire ? L’Europe refuse de cautionner.

De g à dr : Le président vénézuélien par interim autoproclamé Juan Guaido, le président colombien Ivan Duque, et le Vice-Président américain Mike Pence, à Bogota (Colombie) lundi 25 février 2019.
De g à dr : Le président vénézuélien par interim autoproclamé Juan Guaido, le président colombien Ivan Duque, et le Vice-Président américain Mike Pence, à Bogota (Colombie) lundi 25 février 2019. © AFP / HO / Colombian Presidency / AFP

La crise du Venezuela est à un moment charnière, et potentiellement dangereux, alors que l’opposition à Nicolas Maduro, et les États-Unis, sont à la recherche d’une nouvelle stratégie pour le renverser. 

Le bras de fer déclenché le 23 janvier, il y a un peu plus d’un mois, avec la reconnaissance de Juan Guaido comme Président par interim du Venezuela, n’a pas produit l’effet escompté : l’effondrement du régime. Malgré quelques défections, l’armée a tenu bon jusqu’ici au côté du pouvoir bolivarien, l’opération aide humanitaire n’a pas réussi à forcer le blocus des frontières, et les sanctions américaines n’ont pas fait céder Caracas.

Le vice-président américain Mike Pence, à la manœuvre sur le Venezuela, est à Bogota depuis hier pour rencontrer Juan Guaido, sorti du pays malgré l’interdiction officielle, ainsi que des chefs d’Etat du groupe de Lima, alliés des États-Unis. Que peuvent-ils faire de plus pour appuyer le coup de force qu’ils ont déclenché pour renverser le régime de Maduro ? Ou, comme le demande le New York Times, ont-ils un plan B après l’échec de cette première phase ?

La vraie question est de savoir si, au-delà des nouvelles sanctions annoncées hier et qui ne changeront pas la donne, les États-Unis sont prêts à aller jusqu’à une intervention militaire. Depuis le début, Donald Trump et ses ministres répètent que « toutes les options sont sur la table » ; et, hier, le sénateur républicain de Floride, Marco Rubio, chargé par Trump d’accompagner sa campagne vénézuelienne, a tweeté des photos de sinistre présage : celles du dictateur libyen Mouammar Kadhafi après son lynchage en 2011.

Ces outrances montrent l’engagement américain dans cette affaire, attisant les passions notamment auprès d’un électorat latino aux États-Unis, à qui on saura présenter l’addition lors des élections de 2020.

Mais les États-Unis sont dans une situation paradoxale : ils sont condamnés à l’escalade alors qu’ils ont en face d’eux un régime à bout de souffle et totalement discrédité par sa gestion catastrophique ; et avec une bonne partie de l’Amérique latine derrière eux, un contraste avec le fort sentiment anti-yankee d’autrefois !

Mais, même habillée en opération régionale, il n’est pas sûr qu’une intervention américaine pour renverser un régime soit acceptable, tant auprès d’une partie des Vénézuéliens que des autres latino-américains. 

L’Union européenne, dont une majorité d’États y compris la France a reconnu Juan Guaido, ne suit pas, et s’oppose à l’usage de la force. La Commission européenne a souhaité hier une solution « pacifique et démocratique » et proprement vénézuélienne.

L’administration Trump sait que le rapport de force est en sa faveur, et que Maduro n’a plus beaucoup de cartes en mains. Mais ce qui s’annonçait comme une victoire facile, nécessite plus de moyens ; et le problème des escalades, c’est qu’on ne sait jamais où elles s’arrêtent.

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