Davos eut ses certitudes mais c’était il y a dix ans. Le monde sortait alors du communisme, une coalition internationale avait chassé les troupes irakiennes du Koweït, l’Europe décidait d’unifier sa monnaie. Non seulement les « world leaders », ces grands patrons qui forment le Forum économique mondial et dont on prend le pouls à Davos, savouraient le triomphe capitaliste mais ils croyaient dur comme fer à la fin des conflits politiques et à la stabilisation du monde grâce au boom économique que susciterait, c’était sûr, la mondialisation des échanges. Bientôt vint le doute. Les nouvelles technologies entretenaient l’euphorie des bourses mais, jusque dans les rangs de ces décideurs, on sentait bien que rien n’était encore gagné, que ca dérapait en Russie et que le nouvel horizon radieux de l’humanité, la dérégulation, portait en lui l’anarchie comme le communisme, la dictature. Que faire ? Comment répondre à l’essor des antimondialistes qui élargissaient leurs rangs en dénonçant la brutalité des thérapies libérales ? Ce fut une deuxième période de Davos, celle de l’ouverture frénétique aux ONG, aux syndicalistes et aux grandes figures morales et religieuses du Tiers-monde. Davos rêvait d’un contrat social mondial, quand il y eut le 11 septembre. Ce n’était plus le consensus. C’était la guerre, un coup de tonnerre dans un ciel sans nuages, et Davos s’en était allé siéger à New York endeuillée. Ce fut une troisième période pour le Forum, celle de l’union sacrée, mais elle n’était pas ouverte que l’Irak divisait l’Alliance atlantique et, de retour en Suisse, les « world leaders » en vinrent presque aux mains. C’était l’année dernière, quatrième période de Davos. L’Europe et les Etats-Unis s’affrontaient sur l’organisation du monde, Etats-Unis contre Nations-Unies, multipolarité ou état-major américain de la guerre contre le terrorisme. L’invasion de l’Irak a mis terme au débat. La force a tranché mais cette année, cinquième période, la gueule de bois. Le cycle se raccourcit. Les Etats-Unis pourraient triompher. Saddam est arrêté. La Libye est rentrée dans le rang. L’Inde et le Pakistan tentent d’enterrer un demi-siècle d’affrontements. L’Iran donne des garanties sur ses programmes nucléaires. Cette guerre, comme toute guerre, change la donne mais est-on sûr que ce soit pour le mieux ? Si les Etats-Unis en étaient certains, leurs représentants à Davos l’auraient dit avec plus de certitude. Si l’Europe était convaincue du contraire, elle aurait bombé le torse mais Américains et Européens ont fait profil bas. L’Irak reste à stabiliser. Les conservateurs iraniens n’ont pas été affaiblis mais renforcés par l’intervention américaine. La Russie court vers son passé. L’Europe traverse la plus grande de ses crises politiques. Les Etats-Unis ont tant creusé leurs déficits que leur solidité économique est en question. La croissance européenne demeure anémique et l’horizon semble devenu chinois. Cette année, les seuls vrais optimistes de Davos venaient de Pékin, d’un autre monde qui inspire autant d’intérêt que d’interrogations.

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