Avant les conséquences, il y a les causes. Si le Mouvement de la résistance islamique, le Hamas, a réussi, hier, une telle percée aux législatives palestiniennes, peut-être même remporté une très nette victoire, c’est avant tout que la majorité sortante, celle du Fatah, le mouvement créé par Yasser Arafat, était depuis longtemps disqualifiée. Cette majorité datait d’il y a dix ans, lorsque les Palestiniens avaient pu élire leur première représentation nationale, leur Conseil législatif, grâce à la signature des Accords d’Oslo qui avaient permis la création d’une Autorité palestinienne, d’un embryon d’Etat, sur une partie des Territoires occupés. A l’époque, non seulement le Hamas avait refusé de participer à ces élections car elles étaient le fruit d’un compromis avec Israël mais le Fatah était encore tout auréolé de ses combats et porté par le prestige de Yasser Arafat. C’est ainsi que ce parti avait bénéficié d’une majorité absolue, d’un pouvoir d’autant plus total que son chef avait été, parallèlement, élu Président de l’Autorité et décidait, en fait, de tout. Très vite, le Fatah s’est confondu avec l’Autorité et, le pouvoir absolu corrompant absolument, la corruption des cadres du Fatah s’est ajoutée à leur impéritie pour créer une situation chaotique dans laquelle l’argent public filait sans que rien ne se bâtisse, ni infrastructures ni économie. Là-dessus, le processus d’Oslo a marqué le pas. La deuxième Intifada a éclaté. Les élus de 1995 sont restés dix ans en place et, à la veille de ces législatives, le bilan des sortants était un double échec, celui de leur gestion et celui de la paix. En apportant un aussi grand nombre de suffrages au Hamas, les électeurs palestiniens n’ont autrement dit pas voté contre la paix et pour la destruction d’Israël, toujours inscrite dans la charte de ce mouvement. Ils ont sanctionné les échecs et la corruption du Fatah avec l’espoir qu’une alternance améliorerait leur sort mais quelles peuvent être, maintenant, les conséquences de ce scrutin ? A priori, tout se complique. Avec une opposition radicale d’une telle force, Mahmoud Abbas, le Président palestinien, voit se réduire sa marge de manœuvre dans d’éventuelles négociations avec les Israéliens. La bonne solution serait, pour lui, de former une coalition avec le Hamas, de le faire entrer au gouvernement pour mieux le canaliser, mais ni les Américains, ni les Européens, ni les Israéliens n’accepteront aisément de traiter avec une telle coalition et moins encore avec un gouvernement conduit par le Hamas si les islamistes ne renoncent pas à la violence et à la destruction d’Israël. A court terme, rien ne sera simple mais on ne saurait, pour autant, oublier que le Hamas respecte une trêve depuis un an et qu’il a, de fait, accepté la logique d’un compromis de paix en briguant des sièges à une Assemblée qui n’existerait pas sans les Accords d’Oslo. Pour réussir cette percée, les islamistes ont dû rassurer les électeurs en tempérant leur discours. Plusieurs de leurs dirigeants n’excluent plus des négociations avec Israël et le Hamas, surtout, va devoir tenir ses promesses, apporter des solutions aux problèmes quotidiens des Palestiniens. Or ces solutions passent toutes par un compromis avec Israël.

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