Ce n’est rien, rien qu’un adjectif et une statistique mais qui en disent long sur l’état du monde. Le premier -« idiot » - a été employé, hier, à Davos, par le vice-Président irakien, Adel Abdel Mehdi, pour qualifier l’intervention américaine dans son pays. « Les Irakiens et l’Irak ont été placés sous occupation, ce qui était une décision idiote », a-t-il déclaré alors même qu’il est chiite, membre, donc, d’une communauté martyrisée sous Saddam Hussein et qu’il s’adressait au gratin international du monde des affaires, un public qui n’est pas précisément anti-américain. Comme si la concision de ce mot ne suffisait pas, Adel Abdel Mehdi a enchaîné en expliquant qu’il était « totalement en faveur de l’entière participation de nos voisins, y compris, a-t-il dit, de la Syrie et de l’Iran, à une table ronde sur l’Irak et sur une vision globale pour toute la région ». Le Forum économique mondial, « les maîtres du monde » comme on dit, vient ainsi d’être informé que le Numéro 2 du régime irakien, d’un régime mis en place par les Etats-Unis, juge non seulement, et en quels termes, que cette guerre était une erreur mais aussi qu’il faudrait désormais négocier une sortie de crise avec Damas et Téhéran, ce à quoi Georges Bush se refuse. C’est bien sûr le signe que tout ne va plus au mieux entre la Maison-Blanche et les dirigeants irakiens mais là n’est plus le important. Ce qui frappe le plus dans cette déclaration, c’est que jamais Adel Abdel Mehdi ne se serait permis de tels propos devant un tel public s’il ne considérait pas que les Etats-Unis sont en pleine déconfiture, ne contrôlent plus la situation qu’ils ont créée en Irak et ne maîtrisent plus le Proche-Orient. Le roi est nu, a-t-il dit et, oui, c’est vrai, Georges Bush aura réussi par cette « idiotie » a profondément réduire le prestige et l’influence des Etats-Unis qui ne s’en remettront ni facilement ni rapidement. La statistique maintenant. Patrick Roger la donnait, hier, en ouverture de son journal de 8 h mais il faut y revenir. La Chine a connu, l’année dernière, un taux de croissance de 10,7%. Elle devrait atteindre le même niveau en 2007. C’était sa quatrième année consécutive de croissance à deux chiffres. La Chine ne cesse plus, depuis un quart de siècle, de progresser à pas de géant et, à ce rythme, elle devrait avoir ravi, en 2008, la place de troisième puissance économique mondiale à l’Allemagne. Non seulement la Chine est devenue un géant économique mais la force de ses armées inquiète toute l’Asie et les Etats-Unis et son poids politique, logiquement, s’affirme, notamment au Conseil de sécurité où on l’entend et, forcément, l’écoute sur tous les dossiers chauds. A l’aube de ce siècle, le monde est ainsi fait d’Etats-Unis lourdement endettés et politiquement décrédibilisés, d’une Chine chaque mois plus incontournable et d’une Europe en panne politique et croissance chétive. Ce monde ne ressemble plus en rien à ce qu’il était depuis un demi millénaire – un monde d’absolue prépondérance occidentale. Nous entrons dans du jamais vu.

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