Frédéric Barreyre, le correspondant de Radio France à Jérusalem, en parlait vendredi sur cette antenne. Le correspondant du Monde et l’envoyé spécial de Libération, Michel Bôle-Richard et Jean-Pierre Perrin, y consacraient des articles le même jour. Tous sont des journalistes confirmés et dignes de foi. Ils avaient été sur place, avaient enquêté et recueilli des témoignages et c’est l’indicible qu’ils rapportaient. Le 4 janvier à l’aube, en pleine offensive sur Gaza, un détachement israélien s’approche d’une ferme de la famille Samouni, des agriculteurs relativement aisés, dans le bourg de Zeitoun, à proximité de Gaza ville. Cette famille, dix-huit personnes en tout, est à table, autour du petit-déjeuner. Comme beaucoup de Palestiniens ayant travaillé en Israël, le père parle hébreu. De sa propre initiative ou sur ordre des soldats – ce n’est pas établi – il sort, bras en l’air, pour dire qu’il n’y a pas de combattants dans cette ferme. « Ne tirez pas, lance-t-il. Il y a des enfants ». Une rafale lui répond. Il tombe, foudroyé sous les yeux de son fils. Les soldats continuent de tirer. Un enfant de quatre ans, Ahmed, ne survivra pas à ses blessures. Une mère, tenant un bébé de dix jours dans les bras, est blessée. Fumée, pleurs, hurlements de terreur et de désespoir. Toute la famille sort, sous la menace des fusils, sous les insultes et les crachats aussi : « Allez à la mort ! On va tous vous tuer ! » Pour la suite, les récits sont trop confus pour qu’on s’y retrouve. On n’arrive pas bien à comprendre si les Samouni vont trouver refuge dans une maison attenante, celle d’un oncle, s’ils sont entassés, de force, dans un entrepôt de l’exploitation, avec plusieurs dizaines d’autres prisonniers, ou si les uns se cachent chez l’oncle tandis que les autres sont enfermés dans cet entrepôt. Ce n’est pas clair à ce jour mais ce qui semble bien l’être est que, vingt-quatre heures plus tard, le lundi à l’aube, des prisonniers sortent de l’entrepôt, malgré les ordres, pour réclamer à boire et à manger, demander des secours pour les blessés, et que cette requête déchaîne le feu - un tir de char, un deuxième, un troisième. Il y aurait eu plus de 70 personnes tuées ou blessées dont 33 morts dans les différentes branches de la famille Samouni. Ces chiffres sont peut-être imprécis. Des détails ou des enchaînements sont peut-être inexacts. Peut-être des éléments manquent-ils qui modifieraient la compréhension des faits. « Une enquête est en cours », dit l’armée mais, après avoir bivouaqué sur place, ces soldats ont laissés des graffitis disant, en anglais ou en hébreu : « Les Arabes doivent mourir ». Tout cela ressemble tellement à une tuerie délibérée, à un acte de barbarie aussi infâme que les bombes, hier, dans les autobus de Tel Aviv et autres attentats dans des mariages que les autorités israéliennes n’ont aujourd’hui qu’une alternative. Ou bien elles peuvent démentir, prouver que cela ne s’est pas passé comme cela, ou bien elles doivent déférer ces soldats devant une cour martiale qui les jugera pour crime de guerre. Un détachement de salopards peut se conduire ainsi – cela s’est vu dans tous les conflits – mais, en les couvrant, c’est leur Etat qui se déshonorerait. Un démenti, convainquant, ou la cour martiale.

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