Il ne s’agit pas de vraies propositions, moins encore de décisions, mais de signes, intéressants, frappants, d’une évolution générale des idées. Dans une tribune parue, hier, dans le Guardian, le secrétaire d’Etat britannique chargé du secteur financier écrit que son gouvernement entend œuvrer à un accord international sur la manière de faire financer par les banques le coût de leur sauvetage en cas de nouvelle crise. « Si les banques bénéficient ne serait-ce que d’un soupçon de garantie publique implicite, elles doivent payer pour cette aide », écrit Lord Myners, en ajoutant qu’il « ne sera pas facile de trouver le moyen d’empêcher que ce ne soit au contribuable de payer la facture des futurs plans de sauvetage mais que ce problème ne peut être résolu que par un accord mondial ». Le même jour, le secrétaire d’Etat avait présidé, à Londres, une réunion de hauts fonctionnaires du G7 et d’organisations financières internationales consacrée à cette question sur laquelle le FMI doit présenter un rapport dans trois mois. Trois idées y ont été évoquées – celle d’une taxe sur les transactions financières internationales, communément dite « taxe Tobin », celle d’un prime d’assurances qui aurait les faveurs du FMI et celle, enfin, d’un renforcement obligatoire des fonds propres des banques qui leur permettrait de faire face, par elles mêmes, à une période de difficultés. La veille, Alistair Darling, le ministre britannique des Finances, avait déploré, lui, que les mesures annoncées la semaine dernière par Barack Obama sur la limitation de la taille et des activités des banques n’aient pas été coordonnées au niveau international. « Si chacun s’occupe de ses affaires dans son coin, on n’aboutira à rien du tout », avait-il estimé et, hier encore, la ministre espagnole des Finances, Elena Salgado, a plaidé, quant à elle, pour une coordination, à l’échelle européenne, de toute augmentation ou création d’impôts dans les pays de l’Union. Il faut une « harmonisation », avait-elle dit dans La Tribune, pour éviter une stimulation de l’évasion fiscale ». Toutes ces déclarations ont une musique commune qui marque une profonde rupture avec les grands dogmes de l’ère du libéralisme triomphant. Hier, l’idée reçue était que la concurrence la plus totale et, notamment, la concurrence fiscale entre les Etats, favorisait l’entreprise et, donc, l’emploi, que les réglementations n’étaient qu’un frein à la croissance et que trop d’impôts tuait l’impôt en faisant diminuer les profits et, par voie conséquence, les ressources fiscales. Aujourd’hui, l’idée qui monte est que l’autorégulation du marché est un mythe coûteux, comme on vient de le voir, que l’impôt et les réglementations doivent réguler le fonctionnement de l’économie, que les Etats ont un rôle économique et que, face à un marché mondialisé, ils ne peuvent l’exercer qu’en prenant des mesures harmonisées, au niveau mondial ou continental au moins. Rien ne se fera en un jour, pas même en une poignée d'années mais, depuis septembre 2008, on y va. On entre dans une nouvelle ère.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.