On le disait à terre, échec et mat. On disait Barack Obama humilié, paralysé, condamné par la victoire que les plus à droite des Républicains avaient remportée aux élections parlementaires de novembre et, trois mois plus tard, le voilà en hausse dans les sondages et plus homme d’Etat que jamais. Dans ce discours sur l’état de l’Union qu’il prononçait hier, il a simplement excellé dans ce qui est sa force, hauteur de vues, bon sens et clarté. A un peuple qui, comme tous les peuples occidentaux, s’effraie du recul de ses industries et de la fin de la domination euraméricaine sur le monde, il a dit, que, oui, évidemment, bien sûr, le monde avait changé et que « la compétition pour l’emploi était une réalité » mais que « cela ne devait pas nous décourager mais nous conduire à relever le défi ». A une droite réactionnaire qui fuit vers le passé et se vante de vouloir l’empêcher de gouverner, il a rappelé que la conduite d’une démocratie demandait une robuste confrontation d’idées mais également un souci commun de l’intérêt national et des propositions constructives. A cette droite, il a dit qu’elle devait relever le défi de la bonne volonté politique comme l’Amérique devait relever ceux des nouvelles puissances et des nouvelles technologies et, ayant peint la toile de fond, Barack Obama a tracé trois priorités, évidentes et consensuelles. La première est celle de l’innovation industrielle et scientifique dans la recherche biomédicale, la technologie de l’information et, surtout, les énergies propres, économiquement aussi prometteuses, a-t-il expliqué, que l’avait été la conquête de l’espace. « Au lieu de subventionner l’énergie d’hier, subventionnons celle de demain », a-t-il lancé en annonçant la suppression des avantages fiscaux consentis aux compagnies pétrolières. Sa deuxième priorité est l’éducation car « dans les dix années à venir, la moitié des nouveaux emplois demandera une formation supérieure », a-t-il souligné en appelant les jeunes Américains à faire carrière dans l’enseignement et prônant, aussi, qu’on cesse d’expulser les enfants d’immigrés illégaux qui excellent à l’école et les mettent, plutôt, au service de l’Amérique. Quant à la troisième priorité de Barack Obama, elle est que l’Amérique se reconstruise en investissant dans la modernisation de ses infrastructures qui profitera aussi bien à l’emploi qu’à ses industries. Dans la bouche de ce président américain, c’était un discours étonnamment européen mais comme on n’en entend plus en Europe. Encore plus étonnamment, c’était un discours profondément social-démocrate mais comme la social-démocratie ne sait plus en tenir et, dans le même temps, tout le propos de cet intellectuel président était imprégné de l’optimisme et du sens commun qui ont fait l’Amérique, de ce pragmatisme et de ce volontarisme qui lui ont donné et conservé la place, la première, qu’elle occupe dans le monde. Au passage, Barack Obama a salué le « désir de liberté » des Tunisiens et assuré du soutien de l’Amérique « les aspirations démocratiques de tous les peuples ». Il s’est rangé, par là, aux côtés d’une jeunesse arabe que la Tunisie inspire avec une confiance et une clarté qui, là encore, manquent à l’Europe.

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