Sauf crise intérieure et élections anticipées, Mme Merkel est encore au pouvoir pour un an et demi. Elle dirige le pays, l’Allemagne, qui est devenu la plus grande puissance européenne car son économie est, aujourd’hui, la plus forte et la plus solide de l’Union. Angela Merkel est, pour ces deux raisons, la figure centrale de l’Europe et c’est pour cela qu’il faut avoir lu l’interview qu’elle vient d’accorder à six quotidiens européens dont Le Monde .

Sans employer ces mots, Angela Merkel y développe une vision à la fois libérale et fédéraliste de l’Union européenne. Les deux choses ne vont pas forcément de pair puisque les Verts et les sociaux-démocrates, la grande majorité des fédéralistes, ne sont pas du tout des libéraux mais, aux yeux de la chancelière, « l’affirmation de l’Europe dans la compétition mondiale » passe obligatoirement par une libéralisation des économies européennes.

Parlant de la nécessité de développer la croissance et l’emploi, elle veut bien concéder ainsi que les « onéreux programmes conjoncturels » peuvent être utiles mais, pour elle, l’essentiel est ailleurs. Il faut, explique-t-elle, « assouplir le droit du travail là où les barrières sont trop hautes » pour les jeunes, « renforcer la privatisation » et ne plus accepter que « des catégories professionnelles entières ne soient accessibles qu’à un petit groupe de la population ». Si l’on traduit en termes concrets, il faut que l’embauche des jeunes soient mois coûteuse et moins garantie, que le travail soit moins protégé par la loi et que les professions réglementées soient déréglementées afin que la concurrence joue sur les prix.

C’est l’essence même du credo libéral. Angela Merkel y revient constamment et, sur le problème de la dette, elle ne varie pas d’un pouce – pas dans cette interview du moins – en martelant que la solidarité, oui, bien sûr, mais qu’elle ne peut aller qu’aux pays procédant à des réformes structurelles, réduisant leurs dépenses publiques et acceptant un contrôle de leur budget par l’ensemble de l’Union qui doit collectivement veiller, par son nouveau traité, au respect de ses plafonds nationaux d’endettement et de déficit budgétaire.

Démocrate-chrétienne de tendance conservatrice et gouvernant avec des libéraux, Angela Merkel plaide pour une politique de droite qui n’est pas celle, elle le dit elle-même, de toute l’Allemagne mais de la droite européenne. Nous en sommes maintenant arrivés, insiste-t-elle, à « une politique intérieure européenne », à des choix paneuropéens, veut-elle dire, et c’est donc très logiquement qu’elle esquisse pour l’avenir une Union devenue « union politique ». « Au fil d’un long processus », dit-elle, la Commission fonctionnera comme un gouvernement européen ce qui demandera que le Parlement devienne « fort » tandis que le Conseil européen, l’assemblée des dirigeants nationaux, constituera la « deuxième chambre », celle des nations, et que la Cour de Justice deviendra la Cour suprême.

Cela s’appelle le fédéralisme et jamais sans doute un dirigeant européen n’avait aussi clairement fait la distinction, pourtant si fondamentale, entre les institutions de l’Union et ses politiques qui, comme dans toute démocratie, peuvent être très différentes, avec les mêmes institutions.

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