Ukraine ou pas, sanctions ou pas, la France veut relancer ses échanges avec la Russie. C’est son ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, qui l’a déclaré hier à Moscou après y avoir souhaité, la veille, que « l’ensemble des parties » respecte les accords de Minsk et que cela permette une levée des sanctions « l’été prochain ».

La formulation est importante car Emmanuel Macron n’a pas souhaité là que la seule Russie respecte ces accords signés en février dernier sous l’égide de la France et de l’Allemagne mais que « l’ensemble des parties » le fasse, c’est-à-dire l’Ukraine autant que la Russie.

On est en terrain miné. Si la France avait clairement dit que l’Ukraine ne respecte pas pleinement ces accords, cela aurait immédiatement suscité, au sein de l’Union, des dissensions avec les Pays baltes et la Pologne mais c’est bien ce que les autorités françaises pensent aujourd’hui et pas seulement elles.

C’est également l’avis de plusieurs autres pays de l’Union et des Etats-Unis également dont le secrétaire d’Etat, John Kerry, déclarait vendredi dernier : « Je crois qu’avec des efforts de bonne foi des deux côtés, il est possible que les sanctions soient levées ».

« L’ensemble des parties », « des deux côtés » : le message est exactement le même car, en quelques mois, la crise ukrainienne et la situation internationale ont beaucoup évolué.

Mise en difficultés par l’effet conjugué des sanctions occidentales et de l’écroulement des cours du pétrole, la Russie aurait maintenant besoin de tourner la page ukrainienne. C’est pour cela qu’incidents mis à part, les sécessionnistes qu’elle soutient en Ukraine orientale respectent le cessez-le-feu prévu par les accords de Minsk mais le problème est que ce changement du rapport de forces n’a pas échappé aux Ukrainiens.

Considérant, ce qui est vrai, qu’ils sont les agressés et que les Russes ne songent pas une seconde - ce qui n’est pas moins vrai - à leur restituer la Crimée annexée, les Ukrainiens ne sont plus guère pressés d’accorder une pleine autonomie à leurs régions orientales, bien qu’ils s’y soient engagés à Minsk. Petro Porochenko, leur président, y est d’autant moins prêt qu’il ne dispose pas de la majorité parlementaire nécessaire à ce changement constitutionnel.

Alors que les accords de Minsk étaient un donnant-donnant - le cessez-le-feu contre l’autonomie - l’Ukraine n’envisage donc plus d’accorder de statut particulier à sa partie orientale que le jour venu, et en tout cas pas avant que les sécessionnistes n’aient déposé les armes et que la Russie n’ait renoncé à les soutenir. Cela ne convient pas du tout à Vladimir Poutine et pas non plus aux Occidentaux qui voudraient permettre à la Russie de se sortir de cette aventure afin de pouvoir compter sur son assouplissement en Syrie.

Quand Américains et Européens commencent à dire que les sanctions ne sont pas éternelles, c’est ainsi sur les Ukrainiens qu’ils font pression.

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.