Bernard Guetta fait lui aussi le bilan du débat de l'entre-deux tours de la primaire à gauche : élevé, noble & sans coups bas, certes. Mais aussi, un raté côté politique extérieure

Benoît Hamon et Manuel Valls pendant le débat de l'entre-deux tours de la primaire à gauche, diffusé sur TF1, France 2 et France Inter
Benoît Hamon et Manuel Valls pendant le débat de l'entre-deux tours de la primaire à gauche, diffusé sur TF1, France 2 et France Inter © AFP / Bertrand Guay

Chapeau ! Chapeau bas, dans l’ordre alphabétique, à Benoît Hamon et Manuel Valls car, élevé, noble et sans coups bas, ce débat d’hier soir fut une vraie discussion, instructive et souvent passionnante, mais un problème, pourtant, un vrai problème, le même que lors des primaires de la droite.

L’Europe, la Russie, les Etats-Unis, ne sont arrivés qu’en toute fin de ces deux heures d’échanges alors qu’aucune des propositions qu’on y a entendues ne pourrait prendre corps sans stratégie cohérente de la France dans le monde tel qu’il est, celui de MM. Trump et Poutine, de la Chine dont il n’a pas été fait mention et d’une Union européenne tout à la fois confrontée au désengagement américain, aux défis russes, à l’europhobie montante et aux dangers engendrés par les chaos du Proche-Orient.

Les idées avancées avaient ainsi quelque chose de complètement théorique et totalement irréel et c’était d’autant plus dommage que ces deux hommes censés diverger sur tout se rejoignent en fait sur l’essentiel.

Sur les questions européennes et internationales, autrement dit sur l’essentiel, ils ont au moins quatre convergences fondamentales.

La première est que, Trump ou pas Trump, les Etats-Unis ne considèrent plus depuis une décennie que leurs intérêts se jouent en Europe ou au Proche-Orient mais en Asie et, spécifiquement, dans leurs relations avec la Chine. Donald Trump n’en tire pas les mêmes conclusions que Barack Obama. Il veut, lui, s’engager dans un bras de fer avec Pékin alors que son prédécesseur voulait isoler la Chine par un accord de libre échange trans-pacifique dont elle était exclue et que le nouveau président américain vient de dénoncer. On ne voit pas encore où cela mènera mais la certitude est que, pour les Etats-Unis, l’Europe est devenue quantité négligeable et qu’elle doit donc, Manuel Valls et Benoît Hamon en sont d’accord, resserrer ses rangs et prendre son destin en mains.

Le deuxième point sur lequel les deux finalistes de la gauche convergent est que le nécessaire rebond de l’Union devra passer par la construction d’une Défense européenne commune et l’évolution de ses politiques économiques vers plus d’investissements de long terme et moins de réduction de dépenses à court terme.

Leur troisième point de convergence est qu’on ne peut pas sous-estimer les dangers du revanchisme russe même si l’objectif doit être de tenter de retrouver un terrain d’entente avec Moscou.

Quant au quatrième, il est que la sécurité et la prospérité économique de l’Europe se jouent dans la stabilisation et la croissance de l’Afrique et des mondes arabes et qu’il est donc impératif que les Européens contribuent ensemble à défaire les djihadistes dans ces régions et à y créer des emplois sans lesquels la pression migratoire deviendra insoutenable et irrésistible.

Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas de différences entre Manuel Valls et Benoît Hamon mais le fait est que sur ces quatre points, il y a aussi convergence avec Emmanuel Macron et, de plus en plus, avec François Fillon – une convergence des réalités.

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