La Grèce a signé hier l’achat de 18 avions Rafale français, signe à la fois d’une alliance de plus en plus affirmée avec la France, mais surtout d’une volonté de dissuasion vis-à-vis des ambitions du voisin turc.

Signature hier à Athènes du contrat d'achat de 18 avions Rafale par la Grèce.
Signature hier à Athènes du contrat d'achat de 18 avions Rafale par la Grèce. © Pierre Haski

Dans la grande salle du Ministère de la défense à Athènes, où a été signé hier un contrat d’achat d’avions Rafales français, une immense fresque murale montre Alexandre le Grand à cheval, combattant l’ennemi perse. Aujourd’hui, l’adversaire de la Grèce n’est pas perse, mais turc ; et c’est clairement en pensant à l’activisme géopolitique de son voisin que la Grèce s’est lancée dans un ambitieux programme d’achat d’armements.

La Ministre française des Armées, Florence Parly, était à Athènes pour la signature de ce contrat d’achat de 18 Rafales, 6 neufs et 12 d’occasion, prélevés au sein de l’armée de l’air française, pour un montant de 2,5 milliards d’euros. Un appel d’offres, pour la marine cette fois, sera prochainement lancé, et la France répondra présente, au nom d’un rapprochement stratégique avec la Grèce de plus en plus voyant.

On pourrait penser que de telles dépenses, en pleine pandémie et difficultés économiques dues à l’arrêt du tourisme, feraient débat en Grèce, à peine sortie de sa cure d’austérité : mais le 14 janvier, le Parlement grec a massivement voté pour, seuls les communistes et la gauche radicale ont voté contre, autorisant ainsi l’achat des Rafales, qui équivaut à la moitié du budget grec de la défense.

C’est la Turquie qui provoque ce consensus. La Turquie est le sujet numéro un en Grèce, et l’activisme militaire de son Président, Recep Tayyip Erdogan, de la Libye au Haut Karabakh, est suivi à la loupe ; mais ce sont surtout les gestes provocateurs turcs en Méditerranée orientale, avec l’envoi de navires d’exploration gazière dans les eaux contestées chypriotes et grecques, qui a déclenché la plus grande inquiétude.

Le contrat des Rafales a été négocié en l’espace de quelques mois, et les premiers avions seront livrés avant la fin de cette année, un record de vitesse ; mais il s’agissait de reconstruire une dissuasion grecque face à une Turquie huit fois plus peuplée, et le Rafale et ses missiles air-air longue portée Meteor, étaient un moyen très visible de le prouver, avec le soutien actif de la France.

De manière significative, la signature de ce contrat emblématique du rééquilibrage du rapport de force, intervient le même jour que la première rencontre, depuis cinq ans, entre Athènes et Ankara, sur les disputes en mer Égée.

La Turquie a changé de ton vis-à-vis de l’Europe, nous le notions déjà en tout début d’année, avec les propos apaisants du président Erdogan. Depuis, l’homme qui conseillait à Emmanuel Macron d’aller voir un psychiatre, a eu un échange de lettres avec son homologue français, et a envoyé son ministre des Affaires étrangères en tournée en Europe.

Florence Parly, la ministre des Armées, se contente de noter cette évolution, et attend de voir des gestes concrets ; en particulier en Libye où l'accord de cessez-le-feu prévoit le retrait des forces étrangères, dont, évidemment, les Turcs et les combattants syriens qu'ils y ont amené. L’heure est peut-être à la désescalade, pas encore à la détente avec Erdogan.

Pour la Grèce, le conflit va au-delà des péripéties actuelles. C’est un enjeu qui plonge dans les raçines de l’histoire, et a une dimension existentielle. Les Rafales, et l’alliance de plus en plus prononcée avec la France, tiennent lieu de police d’assurance dans un monde incertain. Sous le regard, toujours vigilant, d’Alexandre le Grand…

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