Aujourd'hui, direction l'Allemagne qui vient de subir deux attentats et une tuerie de masse en une semaine ...

Devant le centre commercial à Munich : "Nous sommes de tout cœur avec vous."
Devant le centre commercial à Munich : "Nous sommes de tout cœur avec vous." © AFP / Sven Hoppe

Une attaque au couteau dans un train, une autre à l'entrée d'un concert en plein air, enfin un massacre à Munich ...  L'Allemagne est donc durement touchée dans un laps de temps particulièrement bref, ce qui, bien sûr, ajoute au traumatisme. Le tout dans une seule région, la Bavière, qui n'est pas n'importe quelle région : c'est probablement le land d'Allemagne le plus conservateur, voire réactionnaire. Il est dirigé quasi continûment, depuis les années 1950, par la CSU, l'Union Chrétienne Démocrate. Un parti beaucoup plus à droite que la CDU d'Angela Merkel avec laquelle il partage l'affiche électorale et le pouvoir. La Bavière, c'est à la fois l'une des régions d'Allemagne qui ont accueilli le plus de réfugiés, et celle qui a le plus critiqué cette générosité. Les terroristes ont donc frappé au point le plus faible de cette politique d'accueil massif ... Il y a deux endroits en Allemagne où frapper pour diviser : la Bavière, au Sud, pour mettre un coin entre les conservateurs et la Saxe, à l'Est, le land de Pegida, le mouvement anti-immigrés qui manifeste régulièrement à Dresde et Leipzig.

Voilà pour l'analyse, comment dire, de circonstance, passons maintenant au coup de gueule. Il part ce coup de gueule de la lecture des quotidiens, à commencer par Le Figaro, qui titre sur la « fragilisation d'Angela Merkel » après cette vague d'attentats. En une, s'il vous plaît. Mais Le Figaro est loin d'être le seul. Métro qui se demande si « la politique d'accueil des réfugiés va changer » ou encore BFM qui parle d'une chancelière « sous pression ». Alors rétablissons un peu la vérité. Non, la popularité d'Angela Merkel ne s'effondre pas, bien au contraire. Le 7 juillet dernier, elle culminait même à 54% d'opinions favorables dans un sondage qui fait autorité, celui de la chaîne publique ARD. Au plus haut depuis 10 mois. Non, la politique d'accueil de la chancelière n'est pas remise en cause ou uniquement par des partis et des mouvements périphériques, comme Pegida ou l'AFD, à l'extrême droite ou, bizarrement, Die Linke, à la gauche de la gauche. Les Allemands sont dirigés par une grande coalition qui unit sociaux-démocrates et conservateurs et cette coalition ne se demande pas si elle a eu raison ou tort d'accueillir un million de réfugiés mais comment mieux les accueillir et les intégrer.

Il y a un vent mauvais en France vis-à-vis de l'Allemagne. A droite, on voudrait bien que la chancelière paie cher sa politique d'accueil d'un million de réfugiés, histoire de continuer à dire que l'immigration est une catastrophe. Mais à gauche aussi, même petite musique toxique. Il est en effet assez humiliant que l'Allemagne fasse le boulot de la France des Lumières, terre d'accueil. Jusqu'à présent, en Europe, l'Allemagne c'était le capitalisme rhénan et la France, le supplément d'âme. Depuis un an, les rôles sont inversés : c'est l'Allemagne qui fait preuve de générosité et de grandeur et la France qui se claquemure. Qu'entend-on à gauche ? Que les Allemands en accueillant un million de réfugiés ne font que servir les intérêts de leur industrie. Et alors ? Depuis quand est-il interdit d'être généreux et d'aider en plus son économie ? Une dernière chose, les quelques milliers de réfugiés qui restent coincés en France, où sont-ils ? Dans des bidonvilles à Calais ou à Paris. Et en Allemagne, où sont-ils ? Chez l'habitant, dans des logements sociaux mis à leur disposition par les Länder ou, au pire, dans des hôtels de centre-ville ? Et je rappelle que l'Allemagne n'en a pas quelques milliers à gérer mais quelques centaines de milliers.

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