Ce matin, retour sur le sommet organisé à Paris entre les deux hommes forts libyens... A-t-il été utile ?

On va dire, pour être aimable un mercredi d'été, qu'une rencontre entre des belligérants n'est jamais inutile. Voilà pour l'onctueuse formule de politesse. Passons aux faits : ce sommet a réuni autour d'Emmanuel Macron, Fayez al Sarraj et le général Khalifa Haftar.

Monsieur al Sarraj est un 1er ministre, certes reconnu par l'ONU et une partie de la communauté internationale, mais sans troupes et impuissant à rétablir l'ordre et la légalité. Quant au général Haftar, il n'est que troupes et il contrôle le pétrole et l'Est du pays.

Donc les faire se rencontrer à Paris, c'est donner au général Haftar une sorte d'adoubement diplomatique et politique lourd de conséquences.

C'est aussi être réaliste : la réalité sur le terrain, c'est que le général Haftar s'est imposé et qu'il est temps de lui donner la place que ses alliances et sa présence sur le terrain lui confèrent.

La France est au nombre de ses alliés ?

Le général Haftar et son armée nationale libyenne sont avant tout les alliés des puissances sunnites : Egypte, Arabie saoudite et Emirats arabes unis. Il a été assez malin pour faire aussi le voyage de Moscou.

Or qui sont les alliés traditionnels de la France : l'Egypte, l'Arabie saoudite et les Emirats qui, pour bien le montrer, nous achètent par milliards des Rafales, des vaisseaux, des systèmes d'armes. Donc la France s'est logiquement et fidèlement ajoutée.

De plus, il ne vous a pas échappé qu'Emmanuel Macron a tenté un rapprochement versaillais avec la Russie. Or Moscou a détesté l'aventure libyenne de Nicolas Sarkozy et de l'OTAN, elle y avait d'énormes intérêts économiques. Haftar, c’est sa vengeance.

Donc c'est plié : le général Haftar a remporté la partie et Emmanuel Macron signe à Paris sa victoire !

C'est presque ça : sauf que le texte de Paris est très vague et enjoint les 2 parties à trouver un terrain d'entente et à organiser des élections en 2018. Sans date.

En clair, les armes n'ont pas fini de parler en Libye : et même si le général Haftar entrait en vainqueur dans la capitale Tripoli, il n'en a pas fini avec les puissantes milices urbaines, donc celle de Misrata qui le défient et se méfient.

Mais surtout, le sommet de Paris a fait une victime collatérale qui ne décolère pas depuis deux jours. Et cette victime ce n'est pas un quelconque pays du Moyen-Orient qui aurait mal choisi son camp : cette victime, c'est l'Italie !

Que vient faire l'Italie dans cette galère ?

D'abord, l'Italie a toujours considéré la Libye comme sa chasse gardée diplomatique (elle est l'ancienne puissance coloniale). Ensuite, Rome a elle aussi d'énormes intérêts pétroliers en Libye, par le biais de sa compagnie nationale pétrolière et gazière ENI.

Enfin, l'Italie subit directement les soubresauts de la crise libyenne à coup de milliers de migrants qui viennent s'échouer sur ses côtes. Or, il semble qu'Emmanuel Macron ait été très cavalier avec nos amis italiens, les prévenant à peine, les impliquant très peu.

Et à en croire les journaux italiens, l'humiliation est très vive à Rome où l'on a l'impression d'avoir beaucoup travaillé pour qu'à la fin, Paris ramasse la mise. La question est donc : une belle photo parisienne valait-elle qu'on se fâche si vite avec les Italiens ?

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