L'avance l'Imran Khan, qui devrait devenir premier ministre, cache l'essentiel : la mainmise des militaires et des barbouzes sur l'Etat pakistanais.

Les élections législatives pakistanaises sont encore indécises ce matin. Les résultats hésitent entre le parti d'un ancien premier ministre emprisonné pour corruption, Nawaz Sharif, dont la famille domine la politique pakistanaise depuis 30 ans et celui d'un ancien joueur de criquet, Imran Khan, qui lui patiente depuis 10 ans.

Je pourrais vous expliquer qu'Imran Khan est plutôt soutenu par les jeunes, que sa promesse de lutter contre la corruption est parfaitement rhétorique, surtout qu'il est soutenu par des caciques qui justement ont mis en place ce système de prébendes.

Je pourrais insister sur les meurtres et les attentats qui ont émayé toute la campagne, même si la violence partisane est plutôt en recul. Je pourrais même faire toute cette chronique sur ce grand corps malade de 200 millions d'habitants qu'est le Pakistan.

Les casernes et les bureaux de l'ISI, les renseignements pakistanais

L'essentiel se joue dans les casernes et les bureaux de l'ISI, la redoutable agence de renseignement pakistanaise. A la décimale près, les militaires et les espions ont décidé de cette élection : ils y travaillent depuis des mois, voire des années.

Ils ont éliminé judiciairement les partis qui leur déplaisait, fait emprisonner, voire éliminé, les leaders trop charismatiques ou trop populaires qui pouvaient perturber leurs calculs. Ils y aurait ainsi 4 000 disparus liés à ces élections dans tout le pays.

Ils ont même discrètement soutenu ce novice qu'est Imran Khan tout en veillant à ce que son parti ne remporte pas ces élections trop brillament. Bref, ils ont rêvé d'un parlement sans vraie majorité et d'un 1er ministre sans expérience pour mieux contrôler le pays.

Talibans, Iran et l'Inde pour unique obsession

Ca arrange tout le monde cette mainmise des militaires. Il suffit d'ouvrir une carte pour comprendre : le Pakistan est bordé au nord par l'Afghanistan et sa guerre sans fin et à l'ouest par l'obsession américaine qu'est l'Iran.

Si l'on ajoute que le Pakistan possède la bombe et que les talibans ou l'Etat islamique y ont des filiales propères, on comprend mieux pourquoi l'Occident s'arrange très bien avec l'idée que les militaires contrôlent la sécurité et les affaires étrangères.

Des militaires, en plus, obsédés par la puissance indienne qu'ils cherchent depuis toujours à affaiblir. Là, c'est la Chine qui est ravie : elle y investit des milliards à la fois pour s'offrir un débouché sur l'Océan indien mais aussi pour entretenir cette inimitié.

Les Pashtounes se rebellent

Pas tout à fait : cette campagne a tout de même vu l'émergence d'un mouvement qui a fait de l'armée, de la police et des services de renseignement sa cible. Ce mouvement s'appelle le PTM, le Mouvement de protection des Pashtounes.

Le Pakistan est une mosaïque de peuples, de cultures et de tendances religieuses mais, avec 15% de la population, les Pashtounes sont les plus nombreux. Ce mouvement, très jeune et très mobilisé, est donc une excellente nouvelle pour l'avenir :

Les militaires et les barbouzes ne s'y sont pas trompés : ils ont tout fait pour empêcher qu'on parle de ce mouvement et des manifestations monstres qu'il a organisé. En vain : il reste au Pakistan une presse libre et farouchement indépendante. Bref, il y a de l'espoir.

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