Les gauches espagnoles ne sont parvenues à se mettre d'accord pour former un gouvernement de coalition... une fois de plus. Essayons de départager ce qui relève de la classique haine recuite entre gauche "d'Etat" et gauche radicale et ce qui reste résolument espagnol.

Pedro Sánchez
Pedro Sánchez © AFP / Oscar del Pozo

Les gauches espagnoles ne sont pas parvenues à se mettre d'accord (c'est le seconde fois en trois ans)…Et donc, Pedro Sánchez, l'actuel Premier ministre de transition, n'a pas réussi à être investi Premier ministre pour de bon. Il s'en est même fallu de beaucoup : il devait obtenir hier au parlement espagnol une majorité simple, il n'a recueilli que 124 voix pour et 155 contre.

Jusqu'au dernier moment les socialistes du PSOE de Pedro Sánchez ont négocié avec Unidas Podemos, l'équivalent espagnol des Insoumis, et son leader à queue de cheval, Pablo Iglesias, pour obtenir le soutien de ses 42 députés.

L'affaire semblait plutôt bien partie pour donner à l'Espagne son premier gouvernement de coalition de gauche depuis 1936 et le « Frente popular », miroir du Front populaire français : les deux partis ont ensemble presque la majorité absolue aux Cortes.

La division des gauches, ce feuilleton centenaire

D'abord, il y a en Espagne, comme dans beaucoup de pays européens, la bonne vieille tradition de la division des gauches. Comme en France, mais aussi en Italie et j'allais dire en Allemagne – mais pas encore en Grande-Bretagne – ces gauches se haïssent.

D'un côté, il y a la gauche social-démocrate – en Espagne, c'est le PSOE – qui s'enorgueillit d'être un parti de gouvernement, un parti de compromis d'Etat et de gestion ; de l'autre une gauche radicale, souvent issu du trotskisme ou du communisme.

Lorsque ces deux gauches doivent former une coalition, puis un gouvernement, les vieilles haines se cristallisent pour, le plus souvent, conduire à l'échec. L'Espagne ne sera pas l'exception qui confirme cette règle.

Vérité au Portugal, mensonge en Espagne

Le voisin portugais est dirigé depuis plusieurs années par un gouvernement de coalition à trois : socialistes, communiste et même gauche radicale ! La question est donc pourquoi ce qui est possible au Portugal semble impossible en Espagne.

La réponse est historique. Pour faire rapide : les Portugais se sont débarrassés de leur dictature avec la Révolution des œillets, en 1974, alors que le dictateur espagnol, Franco, est mort dans son lit.

Côté espagnol, il a donc fallu négocier avec le régime franquiste. Le franquisme, a imposé la monarchie et l'amnistie des franquistes et, en échange, il a laissé s'installer une démocratie à l'européenne tout en se réincarnant dans un parti de droite, le PP.

Le compromis de 1975 persiste et signe... la défaite

Mais on en est encore là ! Ce compromis de 1975 s'est traduit par la Constitution de 1978 puis par l'alternance au pouvoir des « contractants » de l'époque : la droite du PP et les socialistes du PSOE.

Or, la gauche radicale qui a longtemps été contenue en Espagne, notamment à cause du terrorisme marxisant basque, est réapparue avec la fin de l'ETA et la crise de 2008. Cette gauche refuse le compromis de 1978.

Elle fait de la constitution espagnole un point de départ de négociations à venir, alors que les socialistes, eux, en font un point final. Elle n'a jamais accepté la monarchie, qui après tout a été imposée par le franquisme, alors que les socialistes l'ont embrassé.

Dans ces conditions – historiques, politiques et même générationnelles – comment parvenir à se mettre d'accord ? Il faut une vraie volonté d'écrire – à gauche - une nouvelle page de l'Histoire de l'Espagne. Tout ce que la droite espagnole refuse absolument, viscéralement.

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