vGuetta C’était un ballon d’essai mais il n’est pas improbable que cet essai soit transformé. Hier, dans le Financial Times, le ministre italien de l’économie, Giulio Tremonti expliquait qu’il fallait « réinterpréter » le Pacte de stabilité, non plus viser l’équilibre absolu des budgets nationaux, le déficit zéro, mais l’équilibre hors dépenses d’investissement exceptionnelles, politiquement nécessaires ou destinées à soutenir la croissance. Le ministre italien citait pêle-mêle les dépenses d’infrastructures, de défense, d’aides à des pays tiers ou de financement des réformes structurelles – bref, tellement de choses et si diverses qu’on croyait bien entendre qu’il n’était pas en soi scandaleux de s’endetter pourvu que ce ne soit pas pour gaspiller ou par facilité mais pour satisfaire des besoins réels, productifs ou légitimes. Dans la bouche d’un libéral, membre d’un gouvernement pourfendeur de la social-démocratie, cela surprenait mais Giulio Tremonti n’a fait là que dire tout haut ce qu’avait déjà murmuré Francis Mer, le ministre français de l’économie, et ce que pensent de plus en plus fort un nombre toujours croissant de gouvernements européens, de droite ou de gauche. Peu ou prou, cela commence à s’entendre dans toutes les capitales pour la bonne raison que les Français, les Allemands et les Italiens ne sont pas seuls à avoir du mal à boucler leurs budgets, que si la mode économique est à la baisse des impôts il faut bien trouver d’autres financements et que surtout, surtout, l’Europe a besoin de soutenir sa croissance et d’investir. Peut-être est-ce là un nouveau signe de remise en question des dogmes libéraux. Au moment même où la droite revient aux commandes dans toute l’Europe, les choses bougent en tout cas sur ce terrain mais la certitude est que ces problèmes budgétaires sont en train de faire avancer deux idées neuves. La première, clairement exprimée par Giulio Tremonti, est qu’autant la plus stricte rigueur s’imposait dans la phase de lancement de l’euro, lorsque la création de la monnaie unique interdisait de marier des dettes et des équilibres, de faire supporter aux pays vertueux les déficits accumulés par ceux qui l’étaient moins, autant rien n’interdirait plus aujourd’hui de s’autoriser, ensemble, un niveau d’endettement commun. « Nous devons essayer maintenant d’engager une nouvelle phase, expliquait ainsi le ministre italien au Financial Times, qui permette à la fois de maintenir la stabilité et de mettre l’accent sur la croissance et la flexibilité ». Autrement dit point trop d’idéologie, du pragmatisme, un zeste de keynésianisme et, sur cette lancée, Giulio Tremonti ajoutait, seconde idée montante, qu’il serait temps de faire passer le pouvoir économique de la Commission de Bruxelles, gardienne des traités, au Conseil des ministres européens de l’économie, l’Ecofin - de passer de la technocratie à la politique, des règles communes à un gouvernement économique commun. L’année dernière Silvio Berlusconi se séparait de son ministre des affaires étrangères, jugé trop européen. C’est, aujourd’hui, son ministre de l’économie qui plaide pour l’Europe politique. Les réalités commencent à imposer le réalisme.

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