Revenant d’Irak, Joseph Biden, l’influent et brillant chef de file des Démocrates à la Commission des Affaires étrangères du Sénat, livrait hier ses impressions sur la situation dans ce pays. Son diagnostic n’est pas pessimiste mais franchement alarmant. « Il s’agit vraiment, a-t-il estimé, d’un gigantesque fossé entre les attentes de l’Administration et la réalité ». « Il faudra très longtemps pour que les Irakiens puissent faire fonctionner leur pays », a-t-il ajouté, expliquant qu’il faudrait former près de 80 000 policiers et en faire venir quelques 6000 d’Europe en attendant qu’il faudrait cinq ans pour rebâtir une armée irakienne, que le reconstruction des infrastructures demanderaient d’énormes investissements et que les revenus pétroliers de l’Irak, au mieux 14 milliards de dollars en 2004, ne pourraient, en aucun cas, couvrir ces besoins. Pour le sénateur Biden, les Etats-Unis doivent d’urgence internationaliser le processus de transition irakien, financièrement et militairement en ayant, notamment, recours aux forces de l’Otan, autrement dit à des contingents européens. Le même jour, l’un des plus lus des éditorialistes du New York Times, Thomas Friedman, écrivait lui, sous le titre « Mauvaise planification », que le Pentagone avait dangereusement sous-estimé les difficultés de l’après-guerre, su gagner la guerre mais pas préparer la paix qui demandait des administrateurs civils et des forces de maintien de l’ordre dont l’absence, ou le manque, se font cruellement sentir. Jour après jour, nourri par les attentats contre les soldats américains et les installations pétrolières, le malaise monte ainsi à Washington sur les illusions de cette intervention irakienne. Ce sont aujourd’hui des Américains, et non des moindres, qui constatent ce que les Français prédisaient depuis des mois mais ce malaise n’est rien à coté de celui qui s’installe en Grande-Bretagne, dans l’autre pays engagé dans cette opération. A Londres, la popularité de Tony Blair dégringole depuis deux mois. En avril encore, l’écart entre les Britanniques satisfaits et insatisfaits de leur Premier ministre était de plus sept points en faveur de Tony Blair. Il est tombé à moins huit en mai. Il est maintenant à moins treize et ce dernier sondage avait été fait avant la mort, mardi, de six soldats britanniques, tués au cours d’affrontements avec les populations chiites du sud de l’Irak, région restée jusqu’à présent relativement calme. Plus grave encore pour les Travaillistes, la polémique ne cesse de s’enfler à Londres autour des manipulations dont l’équipe Blair se serait tendue coupable pour convaincre la Grande-Bretagne que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Pour la BBC, la cause est entendue, les rapports des services secrets ont été griffés. Malgré les démentis officiels, la BBC n’en démord pas et, parallèlement, à Washington, les mêmes accusations, de plus en plus crédibles, prennent corps, désormais proférées devant les Commissions du Congrès. Pour les promoteurs de cette guerre, la passe est délicate, de plus en plus difficile.

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