En 1987, Mikhaïl Gorbatchev avait annoncé, devant une Conférence du Parti communiste soviétique, son intention de bâtir, en URSS, un Etat de droit. L’intention était aussi courageuse qu’excellente mais son seul énoncé disait, en creux, que l’Union soviétique n’était pas un Etat de droit et c’est exactement ce qui se passe avec le plan de réconciliation nationale présenté, hier, par Nouri al-Maliki, le Premier ministre irakien. Souhaitable et nécessaire, chacune des propositions de ce plan dit en creux ce qu’il y aurait à faire en Irak, ce qui n’y est pas fait, et le tableau général qui en ressort est tout simplement terrifiant. Premier exemple de proposition : toutes les forces politiques du pays devraient empreindre leurs discours de modération afin de créer un climat de confiance. On comprend donc que ce climat n’existe pas, la modération encore moins mais si ce n’était que cela. Deuxième exemple : arrêt des liquidations sommaires et recours à la loi pour résoudre les conflits. Le premier ministre vient de reconnaître l’existence des escadrons de la mort. Troisième exemple : amnistie des détenus n’ayant pas commis de crimes de sang et création de commissions pour la libération des innocent. Autrement dit, non seulement il y a des innocents en prison mais il faudra des commissions pour leur rendre la liberté. Quatrièmement : punir les tortionnaires, qui sont donc impunis, et autoriser les organisations de défense des droits de l’homme à visiter les prisons ce qu’elles ne sont donc pas autorisées à faire. Cinquièmement, et ce point se passe de tout commentaire : ouvrir un dialogue avec la Force multinationale - l’armée américaine - afin de créer un mécanisme de prévention des violations des droits de l’homme et de protection des civils durant les opérations. Sixièmement : revoir le fonctionnement de l’organisme chargé du licenciement des fonctionnaires ayant appartenu au parti Baath afin qu’il agisse conformément à la Constitution et à la loi et non plus, comprend-on, illégalement et anticonstitutionnellement. Septièmement : mener une action sérieuse et rapide pour bâtir les forces armées nationales qui doivent préparer le retrait de la Force multinationale. Le Premier ministre vient ainsi de s’inscrire en faux contre ce qui est dit, à Washington, du développement de ces forces. Huitièmement : appliquer les mesures en faveur des victimes de l’ancien régime. Neuvièmement : donner à la Justice la possibilité de sanctionner les criminels et en faire l’unique instrument de répression des terroristes et des dirigeants de l’ancien régime. Dixièmement : soustraire les forces armées à l’influence des partis politiques et solutionner la question des milices. Ces trois points se passent également de commentaires et un dernier exemple des propositions du Premier ministre dit tout à lui seul. Nouri al-Maliki a plaidé, hier pour l’obligation d’avoir un mandat judiciaire pour procéder à des arrestations et perquisitions et de ne lancer d’opérations militaires que sur ordre du gouvernement. Là encore, on en déduit que ce n’est, aujourd’hui, pas le cas. L’Irak, vient de confirmer son Premier ministre, n’est pas une démocratie naissante. C’est une jungle sanglante.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.