Le ton, décidément, change à Moscou. A la veille du sommet qui réunira ce soir, en Sibérie, l’Union européenne et la Russie, le nouveau président russe, Dmitri Medvedev, a expliqué à l’agence Reuters que son pays était « un Etat européen majeur qui se définit lui-même comme faisant partie de l’Europe ». Géographiquement parlant, il n’y a là qu’évidence mais, politiquement parlant, cette déclaration est aussi neuve que capitale. Dmitri Medvedev a tranché, là, le vieux débat historique qui avait resurgi sous son prédécesseur entre les tenants d’une identité propre à la Russie, considérée comme spécifique, promise à un destin particulier, et ceux qui plaident, au contraire, que la Russie doit s’intégrer toujours plus au reste de l’Europe. Sous les tsars comme sous le communisme, ce débat récurant a constamment opposé les partisans d’un système autoritaire à ceux de la liberté, ceux de la démocratie à ceux de l’autocratie, et l’avancée de l’une ou l’autre de ces thèses a toujours accompagné les phases d’ouverture ou de repli russe. Sous Vladimir Poutine, dans une période de réaffirmation nationale contre l’Occident, la Russie ne se « définissait » pas – le mot est important – comme européenne. Elle le fait aujourd’hui, par la voix de son président, et Dmitri Medvedev tire les conséquences de ce choix en déclarant qu’il veut parvenir à un partenariat « sérieux » avec l’Union européenne, présentée comme un interlocuteur « agréable », ni « dur » ni difficile », dit-il, mais avec lequel il peut être compliqué de traiter en raison des « difficultés qu’elle rencontre périodiquement ». En clair, la Russie souhaiterait qu’il y ait moins d’à-coups dans la construction européenne et que les nouveaux membres de l’Union, les anciens satellites de l’URSS, freinent moins, par méfiance historique, l’instauration de ce partenariat continental qui devient sa priorité. Tout reste à faire mais, au-delà de ces bien réelles « difficultés » de l’Union, il y a de bonnes chances qu’on aille aujourd’hui – « sous un an », dit-on à Moscou – vers un accord global entre les deux piliers du continent car ce serait leur intérêt commun. L’Union a besoin de sécuriser ses approvisionnements énergétiques et ses investissements en Russie. Les nouvelles forces russes, ce secteur privé et ces classes moyennes qui se sont développés depuis l’effondrement soviétique et qu’incarne ce jeune président, aspirent, elles, à s’ancrer à l’Occident, pour poursuivre la modernisation de leur pays, la rendre pérenne et s’assurer un rapport de forces face à la Chine et au monde musulman qui les inquiètent alors que l’Occident les rassure. Au début du mois, Dmitri Medvedev avait appelé à une « coopération d’égaux entre la Russie, l’Union européenne et l’Amérique du Nord, les trois branches, disait-il, de la civilisation européenne ». Il vient de faire, hier, un nouveau pas sur cette route.

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