Commençons par les mauvaises nouvelles. Non content de persister dans la fraude, le pouvoir iranien se déchaîne maintenant contre ses opposants, coupables d’avoir massivement et pacifiquement manifesté contre le vol de leurs voix. Vingt-cinq des collaborateurs du quotidien de Mir Hossein Moussavi, le vrai vainqueur de ce scrutin falsifié, ont été arrêtés lundi dernier et semblent toujours détenus. En tout, 140 journalistes, hommes politiques et universitaires sont aujourd’hui sous les verrous. Pire encore, dans une campagne ouverte pour un durcissement de la répression, le quotidien des ultras, du « béton » comme on disait dans les pays communistes, titrait mercredi : « Vague populaire pour demander à Moussavi des comptes sur le sang versé ». Oui, cela veut bien dire ce qui est écrit. Cela signifie que c’est Mir Hossein Moussavi qui serait coupable des morts de la semaine dernière, pas ces nervis qui se mêlaient à la foule pour abattre froidement les manifestants les plus déterminés, pas ces escadrons de la mort qui s’étaient introduits dans un dortoir de l’université de Téhéran pour y assassiner des étudiants à coup de poignard ou en les jetant pas les fenêtres. Absurde ? Grotesque ? Bien sûr, mais abominable aussi car cette insanité a un but : intimider, intimider plus encore en laissant planer la menace de procès contre les opposants dont les autorités commencent à faire dire qu’ils auraient été armés, et armés par l’Occident puisque des armes saisies auraient été entrées en contrebande, disent-elles, par les « frontières occidentales » et que c’est l’une de ces armes – la CIA, vous dis-je – qui aurait tué la jeune fille que l’on voit agoniser sur des images qui ont fait le tour du monde. Tout cela lève le cœur, fait craindre toujours pire, mais, même dans ces moments tragiques, ce pouvoir est loin d’être aussi fort qu’il voudrait le paraître. Mercredi, Mahmoud Ahmadinejad avait invité les députés conservateurs, majoritaires au Parlement, à venir fêter ce qu’on a appelé sa victoire à sa résidence présidentielle. Seule une moitié de ces deux cents députés conservateurs ont répondu à son invitation. Les autres l’ont boudée, ignorée, ne se sont pas présentés et l’on a notamment relevé, parmi les absents, le président du Parlement, Ali Larijani, ancien président du Conseil national de sécurité iranien. Enfant d’une grande famille de dignitaires chiites, et longtemps protégé du Guide, Ali Larijani avait déclaré dimanche dernier, en séance, qu’une « grande partie des gens avaient perçu le résultat de l’élection comme différent du résultat officiellement annoncé » et que la peur ne pourrait pas résoudre cette « crise de confiance » populaire. Il vient, là, de franchir un pas de plus dans la dissidence, de prendre date, et ce boycott dont Mahmoud Ahmadinejad a été victime pourrait bien signifier que son futur gouvernement aura beaucoup de mal à trouver un soutien au Parlement et donc, à gouverner. Cette chronique s’interrompt aujourd’hui pour les deux mois d’été mais il n’y a pas grand risque à parier que la crise iranienne dominera toujours l'actualité, à la rentrée.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.