C’était prévisible et prévu mais n’en est pas moins inquiétant. Non seulement la crise syrienne tourne, jour après jour, à la guerre civile mais son internationalisation se précipite maintenant avec la multiplication des incidents militaires entre la Syrie et son voisin turc.

Vendredi dernier, la défense antiaérienne syrienne a abattu, au dessus des eaux internationales, un appareil turc qui aurait pénétré, selon Damas, dans son espace aérien. Peu après, un avion de recherches turc qui tentait de retrouver les pilotes de l’appareil a été visé à son tour et il fallu une intervention directe des autorités d’Ankara auprès de Damas pour que les tirs cessent. La Turquie parle d’un « acte au plus haut point hostile ». Elle a en saisi l’Otan dont elle est membre et qui doit examiner l’affaire aujourd’hui même, en réunion urgente.

A ce stade, des représailles militaires paraissent exclues car ni la Turquie ni l’Alliance atlantique ne veulent se laisser entraîner dans une guerre mais ces incidents ne relèvent aucunement d’un dérapage. Ils ont été clairement voulus par le régime syrien qui entendait à la fois démontrer l’efficacité de sa défense pour décourager toute idée d’intervention aérienne contre lui et lancer un avertissement à la Turquie par laquelle transitent des livraisons d’armes arabes à l’insurrection et qui accueille sur son sol non seulement plus de 30 000 réfugiés syriens mais aussi des dirigeants civils et militaires de l’opposition et des déserteurs dont le nombre se multiplie toujours plus.

Dans la nuit de dimanche à lundi, un général, deux colonels, cinq autres officiers et 24 membres de leurs familles sont ainsi entrés en territoire turc, mêlés à un groupe de 196 réfugiés dont beaucoup de femmes et enfants. Cela porte à 13 le nombre de généraux syriens qui ont déserté et rejoint l’opposition en Turquie qui, progressivement, devient ainsi la base arrière de l’insurrection.

On n’en est pas aux affrontements directs entre Etats, pas encore en tout cas, mais l’Iran arme, conseille et finance le régime de Bachar el Assad, la Russie révise ses hélicoptères de combat et le Qatar et l’Arabie saoudite arment et financent, eux, l’insurrection sous contrôle des Etats-Unis qui ne veulent pas que des réseaux terroristes puissent mettre la main sur ces livraisons auxquelles la Turquie sert de plaque tournante.

Cela s’appelle une internationalisation, provoquée tout à la fois par la solidarité de l’Iran avec son seul allié régional, la volonté de la Russie ne rester dans le jeu proche-oriental et de ne pas laisser des mouvements populaires faire tomber une nouvelle dictature, le désir des Occidentaux de ne pas rien faire pour aider le peuple syrien et l’affrontement toujours plus vif que ce conflit provoque entre les deux religions, chiite et sunnite, de l’islam.

C’est un changement de taille et, parallèlement, ce n’est plus seulement à des manifestations pacifiques que le régime syrien doit faire face. Il est également confronté à une armée syrienne de libération, formée de déserteurs et désormais à même de conduire de véritables opérations militaires. Insensiblement, le territoire syrien se morcelle car le pouvoir ne peut plus en contrôler toutes les régions en même temps. C’est une libanisation aux deux sens du terme : fractionnement territorial et ingérences étrangères.

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