Au suffrage direct, Mme Merkel n’aurait aucun problème à être réélue. Elle est si populaire et son concurrent social-démocrate, Peer Steinbrûck, si terne et si mauvais candidat, qu’elle n’aurait aucun mal à l’emporter seule et se succéder à elle-même pour un troisième mandat consécutif.

L’ennui pour elle est que ce ne sont pas les électeurs qui la désigneront en septembre prochain mais les députés qu’ils auront élus, que son parti est beaucoup moins populaire qu’elle ne l’est, que ses alliés libéraux ne sont pas du tout certains de franchir la barre des 5% qui leur permettrait d’à nouveau siéger au Parlement allemand, et qu’ensemble, les sociaux-démocrates et les Verts sont pratiquement au même niveau d’intentions de vote que les démocrates-chrétiens.

Rien n’est donc acquis pour Angela Merkel qui pourrait devoir gouverner avec la gauche, comme elle avait du le faire sous son premier mandat, ou bien – ce serait totalement nouveau mais nullement impossible – avec les Verts auxquels les sondages accordent près de 15% des suffrages. Dans ces conditions, la chancelière doit mener bataille pour ne pas risquer d’avoir à faire, demain, trop de concessions aux partenaires que les électeurs lui imposeraient et, l’Union européenne étant un tout, ce n’est pas qu’en Allemagne que cela fait bouger les lignes.

Cela les fait bouger dans toute l’Europe car, pour que son parti ait le plus de députés possible, Angela Merkel vient de se faire… social-démocrate. Pillant les propositions de la gauche, elle a promis, dimanche, d’augmenter les allocations familiales et les pensions de retraite, d’instituer un salaire minimum par branches et d’investir plusieurs dizaines de milliards dans les infrastructures.

Elle devrait pouvoir le faire sans augmentation des impôts car les recettes fiscales allemandes sont sur une pente ascendante. Il y a, autrement dit, toutes chances qu’elle le fasse vraiment et que l’Allemagne entre ainsi dans une phase de relance keynésienne, de relance par l’investissement public, et les conséquences en seront évidemment majeures pour les autres pays de l’Union.

La chancelière, premier point, va se rendre par là aux arguments des Européens, des Américains et des très nombreux économistes qui l’appelaient à profiter de la bonne santé de son économie pour épauler ses partenaires européens en augmentant leurs exportations par une augmentation de la consommation allemande. Angela Merkel l’a d’ailleurs reconnu hier en expliquant que son pays devait être un « pôle de stabilité » mais également « rendre possibles les exportations vers l’Allemagne » car « nous savons, a-t-elle dit, que si nous voulons aller bien, l’Europe doit aller bien ».

En se convertissant à la relance, la chancelière va légitimer aussi, second point, les aspirations de la France et d’autres pays à une relance commune par l’investissement européen et faire, de fait, un très grand pas vers ce couplage de la rigueur et de la croissance que François Hollande prône depuis son élection.

Entre les propositions sur la gouvernance économique commune de la zone euro que la France et l’Allemagne ont présentées le mois dernier et ce programme électoral d’Angela Merkel, les choses changent en Europe.

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