Le dispositif n’était pas ce qu’on appelle léger. Outre son conseiller diplomatique, François Hollande n’avait pas moins de trois interprètes hier dans son bureau pour mener ses entretiens téléphoniques avec la chancelière allemande et les présidents russe et ukrainien. Il aurait pu n’en avoir qu’un si Angela Merkel et Petro Porochenko avaient accepté de s’exprimer en russe, langue qu’ils maîtrisent tous deux parfaitement bien, mais ni le président ukrainien ni la chancelière, issue de l’Allemagne de l’Est, n’avaient évidemment envie de rappeler qu’ils avaient appartenu à des pays du bloc soviétique. François Hollande aurait même pu n’avoir aucun interprète à ses côtés si Vladimir Poutine avait accepté, lui, de se faire traduire en anglais mais le président de la Fédération de Russie n’y tenait bien sûr pas car il n’allait pas passer par la langue des Etats-Unis pour parler d’une crise qui relève à ses yeux – et c’est tout le problème – de l’espace russe. Va donc pour le bataillon d’interprètes mais le temps de traduction n’est pas la seule explication des quelques 90 minutes, un record, qu’a duré cet entretien à quatre. Il a duré et reprendra aujourd’hui dans les mêmes conditions car le front commun franco-allemand qui s’est instauré depuis un mois dans cette crise parait donner des résultats, incertains, fragiles mais tout de même.Il s’était constitué le 24 mai, lorsque le président de la République et la chancelière avaient averti Vladimir Poutine qu’il prendrait de sérieux risques à tenter d’empêcher le bon déroulement de la présidentielle ukrainienne du lendemain. Ce message avait été entendu par le président russe qui avait ensuite accepté de s’entretenir, sous l’égide des mêmes, avec Petro Porochenko en marge des commémorations du Débarquement. Ce fut un tournant et le président ukrainien a, depuis, décrété un cessez-le-feu théoriquement entré en vigueur vendredi dernier, que les séparatistes pro-russes ne respectent pas mais dont Vladimir Poutine s’est félicité, bien qu’il ne fasse rien pour lui donner corps. Le Kremlin dit une chose et en fait une autre mais, hier, le ton était d’apparence toujours plus conciliante entre les présidents russe et ukrainien qui ont désormais un intermédiaire par lequel ils se parlent directement et tous deux semblent d’accord – cela reste à vérifier aujourd’hui – pour prolonger le cessez-le-feu au-delà de demain et entamer des négociations de fond. On verra, mais l’Allemagne et la France ont maintenant le sentiment que Vladimir Poutine voudrait vraiment calmer le jeu pour éviter de nouvelles sanctions occidentales et qu’il ne se donne plus que le temps de ne pas sembler céder trop vite alors que l’Ukraine signera demain son accord de partenariat économique avec l’Union européenne. C’est plausible et même possible. Peut-être mais, quoi qu’il en soit de l’Ukraine, cette crise est en train de considérablement rapprocher François Hollande et Angela Merkel qui jouent ensemble cette partie au moment même où d’autres et difficiles compromis se cherchent, entre Paris et Berlin ceux-là, sur les futures politiques de l’Union. Ce n’était certainement pas son but, mais Vladimir Poutine est en train de resserrer les rangs des Européens.

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