Où l'on voit que Vladimir Poutine est le contraire d'un démocrate mais qu'il faut pourtant chercher un modus vivendi avec lui

Il est extrêmement discutable mais c’était un choix, totalement assumé. Pour réaliser ses Conversations avec Vladimir Poutine, un film de quatre heures dont France 3 diffuse, ce soir, les deux premières parties, Oliver Stone a choisi de laisser la parole au président russe et de ne jamais le contredire.

Cela en devient complaisant et même choquant mais laissons de côté ce bien étrange film et demandons-nous, plutôt, qui est réellement son héros.

Vladimir Poutine est un homme qui, dès son adolescence soviétique, rêvait de rejoindre le KGB et l’a fait. C’est un conformiste, un serviteur zélé de l’Etat russe et de sa force, que l’effondrement de l’URSS conduit à la mairie de Saint-Pétersbourg où il s’occupe, toujours membre du KGB, des investissements étrangers et, donc, d’affaires et d’argent.

Il y fait preuve d’une telle maîtrise en la matière qu’il est bientôt appelé au Kremlin, aux côtés de Boris Eltsine, aux temps où le pouvoir politique transforme, moyennent commissions, la propriété collective en propriété privée. Discret, efficace, il est alors l’enfant chéri des plus puissants oligarques de l’entourage présidentiel. Ce sont ces hommes-là qui feront son destin lorsqu’il faudra écarter Boris Eltsine, devenu trop alcoolique et impopulaire. Vladimir Poutine fut, d’abord, un rouage de l’ère Eltsine mais, parvenu aux commandes, il se fait instantanément aimer en promettant de ne plus céder un millimètre du territoire russe, de faire rendre gorge aux voleurs et d’augmenter salaires et retraites.

Il devient un justicier qui écrase sauvagement l’indépendantisme tchétchène et élève le niveau de vie grâce à l’augmentation des cours du pétrole mais qui ne se soucie pas d’investir dans l’avenir et ne fait rendre gorge qu’à celles des grandes fortunes qui ne se soumettent pas immédiatement à lui. Vladimir Poutine est tout, sauf un homme d’Etat et ni la moralité ni l’amour de la liberté ne sont ce qui le caractérise. Les classes moyennes se sont éloignées de lui et, s’il conserve une popularité, c’est qu’il a détruit toute opposition et flatté les nostalgies de l’Empire et de la puissance russes en annexant la Crimée et se servant de la Syrie pour reprendre pied au Proche-Orient.

Ce n’est pas pour rien que les extrêmes-droites européennes l’aiment tant et réciproquement mais est-ce à dire qu’il ne faudrait pas chercher un modus vivendi avec lui ?

La réponse est qu’il le faut, au contraire, car la Fédération de Russie est le plus étendu des pays du monde et l’autre moitié du continent Europe. S’il avait été possible de signer des accords de sécurité et de coopération avec l’URSS, il n’est pas impossible d’en trouver avec la Russie de Poutine.

Cela vaudrait d’autant plus le coup d’essayer, comme le souhaite d'ailleurs Emmanuel Macron, que cet homme a besoin de l’Union européenne maintenant qu’il est en délicatesse avec les Etats-Unis et ne peut rester en tête-à-tête avec la Chine. La question n’est pas de savoir ce qu’est M. Poutine, c’est clair, mais de savoir comment faire avec lui.

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