Renoncer à leurs aspirations nationales en échange de la prospérité, les Palestiniens refusent le plan du gendre de Donald Trump. Mais ils sont marginalisés et sous pression, et Israël profite des vents favorables américains.

Fresque murale à Gaza à l’effigie de Donald Trump, cible de toutes les attaques depuis sa décision de transférer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem l’an dernier.
Fresque murale à Gaza à l’effigie de Donald Trump, cible de toutes les attaques depuis sa décision de transférer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem l’an dernier. © AFP / MAJDI FATHI / NurPhoto

Le flop était prévisible. Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, promettait le « deal » du siècle, pour reprendre son expression, afin de sortir la question palestinienne de l’impasse. La conférence de Bahrein, qui s’achève aujourd’hui, ne changera rien à l’équation israélo-palestinienne.

Jared Kushner avait le mérite de considérer que le statu quo n’est pas viable à long terme, et il a voulu changer de paradigme. Mais son concept est totalement inacceptable au Proche Orient tel qu’il est aujourd’hui, puisqu’il propose, de fait, aux Palestiniens de renoncer à leur rêve national en échange d’une hypothétique prospérité.

L’émissaire américain fait miroiter 50 milliards de dollars sur la table, pour des projets d’infrastructures et des investissements susceptibles de créer selon lui un million d’emplois. Mais outre le fait que cet argent n’existe pas réellement, et que les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent, le prix politique est trop élevé pour qu’un responsable palestinien, quel qu’il soit, l’accepte publiquement.

Il est évident que les promoteurs du plan américain savaient très bien que les Palestiniens refuseraient. L’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas a d’ailleurs boycotté la conférence de Bahrein, tout comme elle a gelé ses contacts avec l’administration Trump depuis le déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem l’an dernier.

Alors à quoi bon un plan dont les principaux intéressés ne veulent pas ? A les exclure un peu plus du jeu, à les mettre dans une position où ils n’auront plus guère de choix. L’administration Trump a multiplié les gestes dans ce sens : outre l’ambassade à Jérusalem, elle a supprimé les financements américains pour l’organisme des Nations Unies qui s’occupe des réfugiés palestiniens, elle a reconnu l’annexion du Golan syrien, et, quelques jours avant la conférence de Bahrein, l’ambassadeur des États-Unis à Jérusalem, David Friedman, a déclaré qu’Israël avait le droit d’annexer une partie de la Cisjordanie.

Rappelons quand même que les territoires palestiniens conquis lors de la guerre de juin 1967 sont couverts par une résolution des Nations Unies, et qu’une telle annexion serait illégale au regard du droit international. Jared Kushner n’est pas allé aussi loin, la partie politique de son plan étant à venir.

Que peut-il se passer après cette conférence ? Une partie de la réponse tient dans les nouvelles élections israéliennes prévues en septembre, après l’échec de Benyamin Netanyahou à former une coalition. Si le premier ministre actuel l’emporte, il tentera de profiter du vent favorable américains pour aller dans le sens du plan Kushner, c’est-à-dire écarter une fois pour toutes la perspective d’un État palestinien.

Les Palestiniens sont objectivement dans un état de faiblesse historique, divisés entre deux entités en Cisjordanie et à Gaza, avec une Autorité palestinienne exsangue, et un monde arabe plus préoccupé par la crise avec l’Iran que par leur sort.

Pour autant, imaginer que les Palestiniens renonceront à leurs aspirations nationales est absurde, même après tant d’épreuves et de désillusions. C’est la principale faute du plan Kushner.

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