Le Président Hashim Thaçi, l’homme fort depuis la guerre d’indépendance de la fin des années 90, a été mis en accusation pour des centaines de meurtres commis à cette époque. Cette région instable retient son souffle.

Revêtu de l’uniforme de l’armée du Kosovo, le Président Hashim Thaçi passe en revue les troupes le 13 décembre 2018 à Pristina, la capitale. Il est aujourd’hui mis en accusation pour meurtres.
Revêtu de l’uniforme de l’armée du Kosovo, le Président Hashim Thaçi passe en revue les troupes le 13 décembre 2018 à Pristina, la capitale. Il est aujourd’hui mis en accusation pour meurtres. © AFP / Armend NIMANI / AFP

Accuser un chef d’État d’être responsable du meurtre de centaines de personnes n’est assurément pas banal. C’est ce qui se passe au cœur de l’Europe, dans une des régions les plus structurellement instables du continent, le Kosovo, dans les Balkans.

Le Président, Hashim Thaçi, et Kadri Veseli, le chef du principal parti, le PDK, ont été mis en accusation par le procureur spécial sur le Kosovo, basé aux Pays-Bas. Ils sont accusés d’être « pénalement responsables du meurtre de près de mille personnes », des faits qui se seraient déroulés entre janvier 1998 et décembre 2000, pendant et juste après la guerre d’indépendance, une période de règlements de comptes politiques et ethniques.

Hashim Thaçi est l’homme fort du pays. Dans les années 90, il a fondé l’Armée de libération du Kosovo, l’UCK, qui a mené la guérilla contre le pouvoir serbe de Slobodan Milosevic. Le Kosovo, peuplé majoritairement d’Albanais, était alors une région de Serbie, et n’avait pas été concernée par l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, après des années de guerre et d’atrocités.

Le Kosovo se souleva à son tour, provoquant l’entrée en guerre de l’OTAN, le bombardement de Belgrade par les Occidentaux, et, finalement, le retrait de l’armée serbe. 

Cette mise en accusation du Président n’est pas vraiment une surprise. La mise en place de la Cour spéciale a été voulue par les alliés américains et européens du Kosovo, afin de ne pas laisser impunis les crimes commis par les indépendantistes kosovars, le pendant des procès visant les chefs de guerre serbes.

Cette Cour est un sujet de tensions au Kosovo depuis des mois, à mesure que les enquêtes se rapprochaient du sommet. Hashim Thaçi a certes proclamé qu’il n’avait « pas peur de la justice », mais il a tout fait pour lui mettre des bâtons dans les roues.

Ce coup de tonnerre judiciaire a déjà un impact politique. Thaçi a renoncé à un voyage à Washington, pour rencontrer demain le président serbe, Aleksandar Vuvic. Toujours parrains du Kosovo, les Américains poussent à la réconciliation entre les deux pays qui ne se reconnaissent toujours pas.

Cette réconciliation est très compliquée. Les Américains poussent à un accord très controversé d’échange de territoire entre la Serbie et le Kosovo, qui ferait passer des minorités ethniques d’un côté ou de l’autre. 

Les relations entre Kosovars albanais et serbes sont en effet toujours tendues, et certains pensent qu’il vaut mieux les séparer, au risque d’achever le « nettoyage ethnique ». Les détracteurs estiment qu’il n’y aura jamais la paix sans l’acceptation de l’autre, avec ou sans frontière.

Le cœur du problème est que le Kosovo, malgré le parrainage occidental, reste un foyer d’instabilité chronique, dans une région où le nationalisme ethnique et la méfiance, restent de mise. Une région qui est également l’objet de luttes d’influence géopolitiques, entre la Russie, la Chine, et les Occidentaux. 

Vingt ans après la guerre, le Kosovo n’en a pas fini de régler les problèmes d’une naissance dans la douleur, Un passé qui rattrape désormais son Président, qui n’est pas homme à céder sans se battre. 

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