Ses propos ont-ils dépassé sa pensée ? Va-t-il, maintenant, revenir dessus ou les tempérer ? Rien n’est encore sûr, mais le fait est que, sur l’Irak, Tony Blair semble soudain plus proche de la France, de l’Allemagne, de la Chine ou de l’Espagne, des Irakiens, surtout, que des Etats-Unis avec lesquels il a pourtant parrainé le projet de résolution proposé lundi au Conseil de sécurité. Bombardé de questions, hier, sur les implications concrètes du « transfert de souveraineté » au futur gouvernement intérimaire irakien, pressé de dire si ce gouvernement disposerait d’un « droit de veto » sur les décisions du commandement américano-britannique, le Premier ministre a en effet répondu : « Oui, c’est une question difficile. S’il doit y avoir une décision politique pour savoir si on doit intervenir par exemple dans un lieu comme Falloujah, cela doit être fait avec le consentement du futur gouvernement ». Falloujah est la ville sunnite où les Américains ont mené, le mois dernier, de très dures opérations de représailles après l’assassinat et le dépeçage de plusieurs de leurs ressortissants. L’ampleur de ces représailles avait suscité un malaise à Londres que des fuites, sans doute organisées, ont confirmé la semaine dernière. Tony Blair ne parlait ainsi pas en l’air. Ses propos étaient précis et ce qu’il a dit là était exactement ce qu’on dit à Paris ou Berlin mais ce n’est, en revanche, pas du tout ce que dit le projet de résolution qui stipule, lui, que « la force multinationale aura autorité pour prendre toutes mesures nécessaires au maintien de la sécurité et de la stabilité, y compris dans la prévention du terrorisme ». Pleins pouvoirs militaires, d’un côté, aux forces de la coalition, prééminence politique, de l’autre, du gouvernement intérimaire qui devrait être mis en place fin juin – c’est à la seconde de ces visions que Tony Blair paraît s’être finalement rallié mais pourquoi ? Pourquoi, sous réserve qu’il ne se démente pas, a-t-il changé de position en moins d’une journée ? La première hypothèse est qu’il n’a pas voulu être plus américain que la presse américaine, très critique, hier matin, sur les ambiguïtés et le flou tant de ce projet de résolution que du discours prononcé lundi par Georges Bush. La deuxième est que, sans rejeter en bloc le texte américano-britannique, en en soulignant même les aspects positifs, toutes les grandes capitales ont immédiatement souhaité que le Conseil de sécurité puisse adopter une résolution reconnaissant une totale souveraineté au futur gouvernement intérimaire. La troisième est que la Maison-Blanche elle-même a montré une disponibilité à la négociation car Georges Bush, en pleine chute de popularité, à six mois de l’élection présidentielle, ne peut plus se permettre d’apparaître isolé sur la scène internationale. Ce texte était promis à des amendements de fond et Tony Blair pourrait bien avoir souhaité s’en faire le promoteur. Il y avait d’autant plus intérêt que ce n’est maintenant plus seulement la gauche travailliste mais aussi les conservateurs qui lui reprochent d’être trop suiviste vis-à-vis des Etats-Unis. Peut-être s’est-il passé, hier, quelque chose de capital.

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