Pour Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et Président en exercice de l’Union, les choses sont claires. Il l’a dit hier. Si la France votait vraiment « non », le processus de ratification ne devrait pour autant pas être interrompu. « Si c’est « oui », a-t-il déclaré, nous dirons donc : on poursuit. Si c’est « non », a-t-il ajouté, nous dirons : on continue car je trouverais tout de même extraordinaire de dire aux autres peuples qu’ils peuvent rester chez eux parce que la France a décidé pour les autres ! ». Concrètement, Jean-Claude Juncker souhaite en conséquence que, même en cas de « non » français, les ratifications, parlementaires ou référendaires, se poursuivent jusqu’en novembre 2006, jusqu’à l’échéance prévue par le projet de Constitution. A cette date, dit Jean-Claude Juncker, « ceux qui auront dit « non » devront se reposer la question » et, s’ils ne reviennent pas sur leur premier mouvement, eh bien, dit-il, « il faudra qu’un jour nous ayons un nouveau Traité mais il ne comportera pas plus d’ambitions et nous aurons perdu dix à quinze ans ». Jean-Claude Juncker table là, sur le fait que seul un petit nombre de pays membres refuseront la ratification du Traité et que l’ouverture de la campagne présidentielle de 2007 reposera inéluctablement la question aux Français puisque plusieurs des candidats, et non des moindres, auront été des partisans du oui et continueront à le défendre devant leurs électeurs. A l’inverse, Tony Blair a estimé lui, presque à la même heure, que si un quelconque pays devait voter « non », il faudrait en discuter en Conseil européen (entre les vingt-cinq chefs d’Etat et de gouvernement) pour voir comment aller de l’avant ». Autrement dit, un « non » français mettrait en cause l’organisation du référendum britannique et donc tout le processus de ratification. Son ministre des Affaires européennes l’avait déjà très clairement dit jeudi dernier en déclarant : « Tant qu’il y a un Traité sur lequel voter nous comptons tenir un référendum mais il faut qu’il y ait un Traité sur lequel voter, évidemment, c’est le bon sens ». Annonciatrice des batailles européennes que susciterait un « non » français, cette divergence s’explique aisément. Luxembourgeois, donc viscéralement européen, et figure de l’aile gauche de la démocratie-chrétienne européenne, Jean-Claude Juncker voudrait à tout prix sauver un Traité qui ferait passer l’Union européenne d’un marché commun à l’Europe politique et ferait de l’économie sociale de marché, du contraire du libéralisme, un principe constitutionnel de l’Union. Libéral et britannique, donc profondément hostile à toute évolution fédérale, Tony Blair ne serait, lui, pas mécontent d’enterrer un Traité dont il n’a accepté la dimension politique et sociale que sous la pression conjuguée de la France et de l’Allemagne. Pour lui, si la France rejette ce qu’elle a voulu, parfait ! Tout est bien car on est resterait, alors, au Traité en vigueur, celui de Nice, qui a l’immense avantage, vu de Londres, de ne donner ni dimension politique à l’Union ni valeur juridique à la Charte des droits fondamentaux.

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