Toute la donne israélo-palestinienne pourrait en être changée. Hier, jeudi 25 mai 2006, un « dialogue national » s’ouvrait entre Palestiniens. Il était destiné à mettre terme aux affrontements meurtriers qui se multiplient, depuis dix jours, entre les hommes du Hamas, le parti de la majorité gouvernementale, et ceux du Fatah, le parti fondé par Yasser Arafat et que dirige aujourd’hui Mahmoud Abbas, le Président de l’Autorité palestinienne. Il n’y avait, a priori, pas grand-chose à attendre de ces pourparlers entre islamistes et laïcs, partisans et adversaires d’un accord de paix avec Israël, quand, soudain coup de théâtre. Mahmoud Abbas prend la parole et déclare que, si ce dialogue n’aboutit pas, sous dix jours, à un accord sur l’ouverture de négociations avec Israël, il demandera aux électeurs de trancher le différend par référendum. En clair, Mahmoud Abbas vient de donner une semaine et trois jours au Hamas pour se rallier à l’idée d’une paix fondée sur la coexistence de deux Etats ou risquer d’être désavoué par un vote populaire qu’il a les pouvoirs constitutionnels d’organiser par décret. A première vue, le président palestinien prend des risques puisque le Hamas a remporté, en janvier, une majorité absolue au Conseil législatif palestinien et que les électeurs n’aiment jamais, nulle part, qu’on leur demande de se dédire. C’est un coup d’Etat référendaire que tente Mahmoud Abbas mais il aurait toutes chances d’en sortir gagnant car les élections législatives ne s’étaient pas jouées sur la question israélienne mais sur l’impéritie et la corruption du gouvernement sortant, car le Hamas est dans l’impasse, totalement isolé sur la scène internationale et incapable de payer les fonctionnaires depuis que l’Europe et les Etats-Unis ont suspendu leurs aides et car la population palestinienne, surtout, est très clairement favorable, les sondages ne cessent de le montrer, à un compromis avec Israël. Ce n’est pas tout. Le texte que Mahmoud Abbas entend soumettre à référendum a, de surcroît, été rédigé, du fond de leur prison israélienne, par des grands noms de la résistance palestinienne appartenant aussi bien au Fatah, comme Marwan Barghouti, le plus populaire d’entre eux, qu’au Hamas ou au Djihad islamique. Dans ce texte, rendu public le 10 mai, ces figures se prononçaient pour un gouvernement d’union nationale et la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, c’est-à-dire la reconnaissance d’Israël. Il sera difficile de dénoncer ces hommes, des héros aux yeux des Palestiniens comme des traîtres à leur cause. Un « non » aurait donc peu de chances de l’emporter et, que le Hamas change maintenant de position ou, plus probablement, que le référendum ait lieu après de grandes secousses, Israël aura un interlocuteur qu’il ne pourra pas récuser. Mahmoud Abbas est en train de renverser la charge de la preuve et cela au moment même où Israël autorise un transfert d’armes destinées à ses troupes, celles du Fatah. Contradictoires, les premières réactions du Hamas montrent que les divisions s’accentuent en son sein. De tous points de vue, l’évènement est considérable.

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