Comment ce régime aux abois, ubuesque, survivance d’un autre âge et pas même capable de nourrir sa population, a-t-il pu se doter de l’arme atomique ? La réponse est simple. Protégée, durant la Guerre froide, par la Chine et la Russie, la Corée du Nord possède un arsenal de missiles soviétiques qu’elle a constamment entretenus et perfectionnés. Elle en maîtrise la technologie et en avait fait une monnaie d’échange avec le Pakistan qui, lui, n’avait pas de missiles mais savait comment parvenir à la bombe. Aujourd’hui, ces deux pays ont les deux, la bombe et les missiles pour la porter. C’est le cas le plus exemplaire – si l’on ose dire – de prolifération et ce qui est inquiétant, avec ce deuxième essai souterrain auquel Pyongyang a procédé hier, est qu’il a tout pour favoriser de nouvelles disséminations de l’arme atomique. Outre que la Corée du Nord vient, là, de faire l’article de ses capacités nucléaires et de se mettre ainsi en position de les monnayer comme elle l’avait déjà fait avec la Syrie, ses voisins s’inquiètent. Si cette dictature militaro-communiste progresse encore sur cette voie, si rien ne l’arrête, ni la diplomatie ni la force, la Corée du Sud et le Japon auront de plus en plus de mal à ne pas se doter d’une force de dissuasion dont la constitution ne leur demanderait, surtout au Japon, que peu d’efforts. Entre Téhéran, Pyongyang et l’arsenal pakistanais qui pourrait, un jour, tomber aux mains des talibans, le danger nucléaire fait un retour en force sur la scène mondiale – autrement plus effrayant qu’aux temps de l’affrontement Est Ouest car l’équilibre de la terreur est beaucoup plus incertain encore avec des régimes imprévisibles, voire des groupes fanatiques, qu’avec Khrouchtchev et Kennedy. La Corée du Nord ne va pas lancer la guerre demain mais ce qui vient de se passer est plus que sérieux. Le problème est d’autant plus grave que ce que veut cette dictature ne relève pas du champ des possibles. Elle veut se survivre, alors que tout la condamne. Elle voudrait non seulement que personne ne l’attaque mais que le monde paie ses factures, lui fournisse du pétrole, nourrisse sa population, l’aide à rester en place en évitant une révolution. Les Etats-Unis s’y étaient, un temps, résolus, pétrole contre désarmement, mais Pyongyang ne veut pas d’étrangers sur son sol et demande toujours plus, en agitant ses bombes. Personne ne sait, en fait, quoi faire avec ce régime. La guerre ? La Corée du Sud est contre. Elle y serait entraînée. Les Etats-Unis sont contre. Ils pensent, plutôt, à sortir d’Irak et ne voudraient certainement pas prendre en charge ce pays. De nouvelles négociations ? Elles n’ont jamais mené à rien. De nouvelles sanctions économiques ? Oui, bien sûr, mais la Chine n’y est guère favorable car elle ne veut pas voir arriver chez elle des centaines de milliers de réfugiés, déjà très nombreux, ce régime s’écrouler et les deux Corée s’unifier. La Chine joue l’épuisement de cette dictature, l’apparition de nouveaux dirigeants et une évolution de la Corée, à la chinoise. Ce n’est pas, forcément, le plus mauvais calcul mais, en attendant, la prolifération prolifère.

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