Dans cette crise monétaire et boursière qui repartait, hier, en flèche, le vocabulaire est trompeur. « Les marchés sont inquiets ou rassurés, les marchés veulent ou imposent », dit-on dix fois par jour au gré des hausses et des baisses, mais « les marchés » ne sont jamais que les lieux où se négocient les échanges marchands, bourses ou salles d’ordre, de vente ou d’achat, des grande banques. Un lieu ne peut pas avoir de sentiments ni vouloir quoi que ce soit. Ces lieux, les marchés, ne sont que des caisses de résonnance des analyses, inquiétudes, espoirs et anticipations des gens qui cherchent à placer au mieux ou à ne pas perdre, en tout cas, l’argent qu’ils possèdent ou sont chargés de gérer. Détenteurs de grandes fortunes ou gestionnaires des fonds de grosses sociétés ou de l’épargne publique collectée par les banques, ces gens sont de chair et d’os, non pas une entité métaphysique mais des investisseurs, obsédés par la crainte d’essuyer des pertes ou de rater des gains, qui courent simplement au plus sûr. Qu’un pays atteigne un niveau d’endettement tel que ses capacités de remboursement soient menacées, qu’un secteur industriel ou telle multinationale voit tellement chuter ses ventes que ses bénéfices et sa valeur boursière en soient virtuellement amoindries, et les investisseurs, aussitôt, s’en détournent, vendent pour acheter ailleurs. C’est ce qui s’était passé pour la Grèce. C’est ce qui se passe, maintenant, pour l’Europe entière car, après s’être inquiétés des niveaux d’endettement européens, les investisseurs – l’argent – s’inquiètent de la brutalité des plans de rigueur multipliés par les gouvernements européens dans la mesure où ce resserrement des dépenses publiques a de grandes chances de freiner la reprise en diminuant le pouvoir d’achat, ralentissant l’activité des entreprises, diminuant les rentrées fiscales et augmentant l’endettement. L’argent est moutonnier, simpliste, avide mais, en l’occurrence, il est tout, sauf stupide. Les investisseurs ont toute raison de nourrir cette nouvelle crainte puisque l’austérité est tout aussi inquiétante que l’endettement et ce n’est pas eux qu’il faut accuser de céder à la panique en faisant n’importe quoi. Ceux qui sont, aujourd’hui, en pleine irrationalité, ce sont les gouvernements qui prennent des mesures d’assainissement bien trop rapides et brutales, donc dangereuses et intenables. Alors, question, pourquoi le font-ils ? Ce n’est parce qu’ils seraient bêtes et méchants puisqu’ils ne le sont pas. S’ils agissent ainsi, c’est parce qu’ils ne disposent pas d’autre moyen de réduire l’endettement que ces coupes sombres dans la mesure où les réformes structurelles, notamment fiscales, qui seraient à prendre ne peuvent pas l’être au niveau national. Qu’un gouvernement européen, par exemple, augmente l’impôt sur les sociétés, devenu bien trop bas, sans que les autres ne le fassent et le seul résultat en serait que les entreprises déménageraient leurs sièges sociaux. Les grandes réformes que les pays européens ont à prendre passent par une harmonisation sociale et fiscale qui ne peut être, par définition, que collective. La confiance et la stabilité ne reviendront que lorsqu’il y aura un pilote dans l’avion, un gouvernement économique européen, désormais en gestation mais beaucoup, beaucoup trop lent à s’affirmer.

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