Ce sera le sujet de leur rencontre. A Deauville où ils se retrouvent aujourd’hui, les dirigeants des Etats-Unis, du Japon, du Canada, de la Russie et des quatre premières puissances européennes, Allemagne, France, Grande-Bretagne et Italie, parleront, bien sûr, de la crise de la dette publique, objet d’une inquiétude croissante, mais surtout, avant tout, du printemps arabe. Il sera au cœur du dîner de ce soir et d’une séance de travail demain matin. Le secrétaire général de la Ligue arabe et les Premiers ministres égyptien et tunisien ont été invités à ce G8 mais où en est, où va cette lame de fond qui a réveillé et soulevé tout un monde depuis janvier ? En Egypte et en Tunisie, les deux pays qui ont renversé leur dictateur et donné naissance à ce mouvement, les difficultés s’accumulent. L’économie est en berne parce que les grèves se multiplient et que les touristes croient prudent d’aller passer leurs vacances ailleurs. Déjà bien peu garnies, les caisses se vident et l’incertitude politique n’est pas moins grande car la démocratie ne s’invente pas en un jour. Il faut constituer des partis et des alliances, mettre en place de nouvelles institutions, organiser des élections – tout faire à partir de rien ou presque, alors même que les attentes et l’impatience sont immenses. En Libye, c’est la guerre, une vraie guerre opposant le colonel Kadhafi aux insurgés soutenus par les forces européennes. En coulisses, Muamar Kadhafi négocie son effacement avec les Occidentaux mais il voudrait ne pas quitter son pays ou ne s’exiler qu’à condition que son fils aîné reste en place. Ce dictateur finira par tomber mais cela dure et, parallèlement, les présidents yéménite et syrien tirent sur leurs peuples, jour après jour, avec la volonté de s’accrocher au pouvoir, coûte que coûte. Le tableau n’est pas rose. Le sang coule. La liberté est loin d’avoir déjà triomphé dans le monde arabe mais une page s’y est pourtant tournée, irréversiblement tournée pour deux raisons. La première est que la jeunesse de ces pays dont une moitié de la population a moins de 25 ans veut désormais la démocratie. Non seulement elle s’affirme en relève des dictatures et des djihadistes mais les insurgés libyens marquent des points et les manifestants yéménites et syriens ne se laissent pas intimider, continuant de descendre dans la rue avec un courage et une détermination proprement inouïs. Le monde arabe est entré dans une nouvelle ère. La question n’est pas de savoir si le changement s’imposera mais quand et à quel prix et c’est pour cela que le G8 veut aider l’Egypte et la Tunisie à réussir leur transition. Il faut que leur succès tire le monde arabe vers la démocratie et non pas que leur échec conforte les dictatures et crée un dangereux chaos. L’Europe, l’Amérique, le FMI et la Banque mondiale vont débloquer des fonds mais leurs moyens sont limités car les gouvernements américain et européens doivent réduire leurs dépenses pour jugules les déficits publics et parer une nouvelle crise financière qui pourrait être autrement plus grave que celle de 2008. La partie est immense. Le problème n’est ni arabe ni occidental. Il est mondial, comme tous les enjeux d’aujourd’hui.

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