Avec les résultats qu’elles ont eus en France, ces élections y ont évidemment des retombées d’ordre sismique. Bien que le rapport de force général entre partisans et adversaires français de l’unité européenne demeure largement en faveur des premiers, à près des trois quarts des voix ou plus des deux tiers, l’arrivée du Front national en tête des suffrages exprimés modifie, bien sûr, beaucoup de choses sur la scène politique intérieure française.

L’unité de la droite en est sérieusement menacée. Ajouté au vertigineux affaiblissement des socialistes et de l’ensemble des gauches cela peut finir par, un jour, ouvrir la porte en France à une grande coalition entre modérés de tous les bords – un type d’alliance en place aujourd’hui dans des 13 des 28 pays de l’Union, qu’on commence à envisager jusqu’en Espagne et dont l’Italie est déjà familière. Les cultures politiques de l’Europe du sud rejoindraient ainsi celles de l’Europe du nord. C’est tout le paysage politique de l’Union qui en serait alors redessiné mais on n’est pas là, pas encore en tout cas, et les retombées immédiates de ces élections européennes ne sont, pour l’heure, guère plus encourageantes à l’échelle de l’Europe qu’à celle de la France car la démocratisation du fonctionnement de l’Union est remise à des jours meilleurs.

Droite, gauche, Verts, centristes et gauche de la gauche, les cinq grands courants politiques paneuropéens s’étaient tous mis d’accord pour transformer ces élections parlementaires en élection du président de la Commission européenne. Tous s’étaient donné un chef de file qui était de fait leur candidat à la tête de la Commission. Il était entendu entre eux et tous le disaient qu’ils ne se laisseraient plus imposer par les 28 chefs d’Etat et de gouvernements nationaux, par le Conseil européen, quiconque d’autre à la présidence de la Commission que celui d’entre eux qui aurait remporté, seul ou en coalition, la majorité des voix aux élections qui se sont achevées hier.

Une bataille s’annonçait entre le Conseil et le Parlement, entre la Chambre des Etats et celle de l’Union. L’enjeu en était l’affirmation d’un pouvoir paneuropéen procédant du suffrage universel européen mais, faute d’une vraie majorité qui se soit dégagée du scrutin, les Etats vont sans doute garder la main. La Grande-Bretagne sera à l’aise pour opposer son veto aux chefs de file de la droite, de la gauche et des centristes, tous trop fédéralistes à ses yeux. Mme Merkel en prendra acte avec délice car, comme beaucoup des dirigeants nationaux, elle ne veut pas d’un Parlement et d’une Commission s’affirmant au détriment des Etats. Le Conseil va donc chercher à imposer un candidat de compromis, de la gauche libérale ou de la droite sociale. Des noms circulent déjà depuis hier soir dont ceux de Michel Barnier, de Pascal Lamy, de Christine Lagarde, de Donald Tusk, le Premier ministre polonais ou de Helle Thorning-Schmidt, la Première ministre danoise. Tous ont des qualités mais tous procéderaient du Conseil et non pas du Parlement, des Etats et non pas du suffrage universel.

Une occasion est en voie d’être ratée pour l’Union et cela au moment même où le divorce croissant entre les Européens et l’Europe fait entrer au Parlement quelques 140 élus nationalistes, europhobes ou d’extrême-droite.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.