L’initiative remonte à l’automne dernier. Les dirigeants européens avaient demandé, à l’époque, aux quatre présidents - ceux de la Commission, du Conseil, de la zone euro et de la Banque centrale - de préparer pour le Conseil européen de la fin juin, dans un mois donc, un rapport sur l’avenir et le renforcement de l’Union monétaire, celle des pays de la monnaie unique.

Il s’agissait d’enfin tenter de mettre terme à l’aberrante anomalie qui fait que ces pays ont une monnaie commune, l’euro, mais 18 politiques économiques, fiscales et sociales différentes et, souvent, très divergente. Cette anomalie est le fruit d’une constante pratique de la construction européenne qui a consisté à créer des faits nouveaux, la monnaie unique en l’occurrence, en pariant qu’ils imposeraient ensuite de nouveaux pas sur la voie de l’unité.

L’un dans l’autre, cela a toujours marché. La création du marché commun avait ainsi appelé l’élaboration de règles, normes et nouvelles institutions communes qui ont elles-mêmes conduit à l’euro mais, depuis ce grand bond, les crispations qu’il avait suscitées et le rejet, surtout, du projet constitutionnel, les choses en étaient restées là car plus personne n’osait aller de l’avant, .

L’initiative des dirigeants européens était ainsi mieux que bienvenue mais elle l’est encore plus maintenant que le Royaume-Uni voudrait détricoter l’Union pour en refaire une simple zone de libre-échange et que le bouleversement en cours des échiquiers politiques nationaux fragmente les pays membres et menace de paralyser tout le processus de décision européen, déjà si lourd et si lent.

Alors, où en est-on ? Rien ne sera joué avant le prochain Conseil mais il y a une vraie volonté d’aller de l’avant. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a décidé d’associer le Parlement européen à cette réflexion en la personne de son président, Martin Schulz. Les Etats membres envoient leurs contributions aux quatre présidents devenus cinq. Elles sont très généralement ambitieuses, voire volontaristes, notamment celles du Portugal et de l’Italie.

La France et l’Allemagne viennent, pour leur part, d’envoyer une contribution commune prônant l’élaboration d’une politique économique commune à la zone euro et annonçant des propositions de Paris et Berlin d’ici la fin de l’année prochaine. L’idée générale est de passer des règles budgétaires communes à des politiques communes en matière de fiscalité, de protection sociale et d’investissements - de sortir, en un mot, de l’anomalie actuelle.

Si tout cela se concrétise - ce qui ne sera pas facile mais n'est nullement improbable - on s’acheminerait ainsi vers une Europe à deux vitesses, vers une Europe politique constituée par la zone euro au sein de l’Europe du libre-échange qui a les faveurs britanniques. Ce serait bien.

Ce serait même parfait mais manquerait alors de grands projets plus lisibles et plus susceptibles de créer une immédiate adhésion des opinions publiques comme l’Europe de la Défense et celle de l’Education. C’est aussi à cela qu’il faut réfléchir et vite, avant que le divorce entre les Européens et l’Europe n’ait fini de défaire l’Union.

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