Il y a l’à-côté qui est tout, sauf négligeable. Reçu, aujourd’hui, à Londres, pour une visite d’Etat de quarante-huit heures, Nicolas Sarkozy aura tout loisir de s’y montrer présidentiel, accueilli par la reine et s’adressant aux deux chambres du Parlement britannique. Pour un homme dont la priorité des priorités est de faire oublier ses frasques et sa légèreté des derniers mois, de s’imposer un homme d’Etat dans son propre pays, c’est important mais on ne saurait, pourtant, réduire cette visite à cela. Il y a, chez ce Président, un tropisme britannique dont la racine est triple. Sur le fond, d’abord, il est psychologiquement plus proche du Royaume-Uni que de l’Allemagne, de l’allié que de l’ennemi des deux Guerres mondiales. Il a beau savoir, comme tout le monde, que la réconciliation franco-allemande est le fait majeur de ce dernier demi-siècle et que tout le projet européen est fondé sur elle, il est plus à l’aise, c’est ainsi, à Londres qu’à Berlin, à l’ouest qu’à l’est de nos frontières. Tout le porte, en deuxième lieu, vers le monde anglo-saxon car il considère et n’en fait pas mystère que c’est là, dans le tournant libéral initié, dans les années 80, par Margaret Thatcher et Ronald Reagan, que la France doit chercher les recettes de sa modernisation, l’inspiration de ces réformes qu’il veut aujourd’hui relancer et accélérer car elles lui semblent indispensables à un rebond de la France. Et puis, enfin, Nicolas Sarkozy est, avant tout, atlantiste. Contrairement aux gaullistes dont il est l’héritier, il ne voit plus aujourd’hui de pertinence au maintien de la posture indépendante de la France. Tout cela n’est à ses yeux que vieilleries dépassées. Il veut se rapprocher des Etats-Unis, l’a déjà largement fait, et ambitionne, surtout, de faire revenir la France au sein du commandement intégré de l’Otan pour peu que Washington accepte, en échange, de lever son constant veto à la constitution d’une Défense européenne. Sur le papier, ce n’est pas injouable. Depuis le fiasco de leur aventure irakienne, le désarroi diplomatique des Etats-Unis est tel qu’il ne serait théoriquement pas impossible de leur arracher une transformation de l’Otan en une alliance d’égaux, l’Europe et l’Amérique, mais qui dit Défense européenne dit, obligatoirement, accord des Européens, des plus grands d’entre eux au moins, sur la définition de cette Défense. C’est là qu’on retrouve la Grande-Bretagne et l’importance de cette visite car la France et le Royaume-Uni sont, de loin, les principaux contributeurs aux dépenses militaires européennes, les deux premières puissances militaires de l’Union. Sans le Royaume-Uni, il n’y a pas de Défense européenne possible et c’est donc avec lui que Nicolas Sarkozy doit négocier alors même que les Britanniques, encore plus atlantistes que lui, non seulement se méfient d’une trop grande autonomie de l’Union vis-à-vis des Etats-Unis mais ne veulent pas céder à la France leur place de plus proche allié des Etats-Unis. C’est ainsi toute la diplomatie de Nicolas Sarkozy qui se joue à Londres où il sera reçu avec fastes, intérêt et... prudence.

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