Prague est la plus belle capitale d’Europe mais la République tchèque est un petit pays. A priori, la chute de son gouvernement, avant-hier, ne devrait donc être qu’un événement intérieur, sans grandes conséquences internationales, sauf que c’est ce pays qui préside l’Union européenne jusqu’à la fin du mois de juin et qu’il est, surtout, le dernier des Etats membres de l’Union où la ratification du Traité de Lisbonne posait encore problème. Quatre voix ont manqué, mardi, à Mirek Topolanek, le Premier ministre tchèque, libéral et désormais démissionnaire. Les deux premières sont celles de députées vertes qui reprochaient à leur propre parti d’avoir sacrifié son programme sur l’autel de la coalition gouvernementale où il siégeait avec les libéraux et les centristes de l’Union chrétienne démocrate. C’est un classique débat des Verts, entre réalistes et idéalistes, rien qui doive faire beaucoup de bruit en dehors de Prague, mais les deux autres voix manquantes étaient celles d’élus du Parti civique démocrate, les libéraux, la formation du Premier ministre, et c’est là que l’affaire dépasse, de loin, les frontières tchèques. Ces deux élus reprochent en effet à Mirek Topolanek de s’être éloigné non seulement des dogmes libéraux mais aussi du combat contre la « bureaucratie bruxelloise » et le dirigisme socialisant qu’ils prêtent à l’Union européenne. Non sans raison, ces députés soupçonnent le Premier ministre d’être devenu moins eurosceptique que ne l’est leur parti, fondé par Vaclav Klaus, l’actuel président de la République aux yeux duquel l’Union n’est qu’une nouvelle U.R.S.S. dont il s’est juré de bloquer l’évolution fédérale en bloquant la ratification du Traité de Lisbonne, porteur, pense-t-il, d’un super Etat que tout son être libéral rejette. Entre Vaclav Klaus et Mirek Topolanek qui faisait progresser doucement la ratification de ce traité institutionnel, le conflit était devenu ouvert, de plus en plus âcre, et s’il n’est pas prouvé que le président de la République ait téléguidé les deux députés libéraux qui ont fait tomber le gouvernement, le fait est qu’ils partageaient ses vues. Directement ou indirectement, le plus libéral des dirigeants européens vient de porter un coup à la tentative de l’Union de se doter d’un président, d’un ministre des Affaires étrangères et d’institutions adaptées à son élargissement. Tout dépendra maintenant de l’évolution de la politique intérieure tchèque. Mirek Topolanek va expédier les affaires courantes mais on ne sait ni qui pourrait essayer de reformer un gouvernement en obtenant la confiance de l’actuel Parlement ni quel serait le résultat d’éventuelles élections anticipées. Pour l’heure, la confusion est complète mais les certitudes sont que la présidence tchèque de l’Union est paralysée ; que Vaclav Klaus fera tout pour enterrer le Traité Lisbonne et que les Européens feront bien pâle figure au sommet entre l’Union et les Etats-Unis auquel Barack Obama prendra part, début avril, à Prague.

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