C’est dans la nuit que ce sommet a abouti, après des heures de palabres faisant suite à des semaines de négociations. Tout s’est fait à l’arraché et, pour accorder ses violons, l’Europe à même du recourir aux ambiguïtés de la traduction, comme l’Onu l’avait fait après la Guerre des 6-Jours. Tout cela manque de souffle, dira-t-on, et ce n’est que trop vrai. Comme toujours, l’Europe avance en grinçant, dans les ratés d’un démarrage poussif qui fait vieille guimbarde, et l’on entend déjà le concert des ironies et critiques qui, toutes, sont fondées. Est-ce qu’on voit les Etats-Unis faire appel au FMI pour sauver la Californie en faillite ? Non, bien sûr. L’Amérique s’épargne cette humiliation mais, pour aider la Grèce qui n’est pas même dans une crise californienne, l’Europe, elle, fait appel au Fonds monétaire international, incapable qu’elle est de régler seule ses problèmes alors même qu’elle est l’autre superpuissance économique. « Bravo l’Europe ! », diront les eurosceptiques de gauche, de droite et d’ailleurs, qui pourront se gausser plus encore de cette subtilité byzantine qui consiste à parler de « gouvernance » économique en anglais et de « gouvernement » économique en français, de cet art, autrement dit, d’être d’accord sur un désaccord. Il y a, là, toutes les raisons de conclure que l’Europe n’est qu’un « machin », comme De Gaulle le disait de l’Onu, mais cette conclusion est bien trop rapide et, donc, simpliste. L’Europe est une union de 27 pays aux cultures politiques et aux niveaux de développement différents. Les grandes décisions continuent de devoir s’y prendre à l’unanimité car les Etats refusent ce fédéralisme que les eurosceptiques rejettent aussi, quitte à se moquer, ensuite, des conséquences de cette nécessité du consensus. L’Europe ne se manie pas comme un guéridon mais, FMI ou pas, byzantinisme ou non, elle vient d’opérer deux révolutions, aussi fondamentales l’une que l’autre. Par ses traités, elle avait refusé que l’introduction de l’euro puisse permettre à des Etats de continuer à jouer avec des déficits excessifs en se disant que l’appartenance à la monnaie unique les protégerait des retombées de leur laxisme. L’Europe avait proscrit, pour cela, la possibilité d’une solidarité financière entre pays de l’euro mais, devant les difficultés de la Grèce et malgré les réticences parfaitement justifiables de l’Allemagne, l’Europe a inventé cette nuit un dispositif de solidarité européenne qui pourrait s’appliquer à la Grèce et crée, surtout un précédent. Accompagné de mesures propres à mieux faire respecter les disciplines budgétaires, avec recours au FMI mais pour un tiers seulement des sommes en jeu, le principe de la solidarité est acquis et ce n’est pas tout. « Gouvernance » ou « gouvernement », les 27 ont entériné, dans la foulée, une seconde révolution, celle d’une « forte coordination des politiques économiques en Europe », celle là-même que les libéraux avaient toujours refusé car ils lui préféraient la concurrence fiscale et sociale – à la baisse naturellement. Que les rieurs rient. L’Europe est bien vivante.

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