Il fut un temps où l’Eglise était persécutée à Cuba. Elle ne pouvait pas même y restaurer une chapelle et ses prêtres y étaient souvent emprisonnés mais c’est dans ce même pays, par ce même régime, que Benoît XVI sera chaleureusement accueilli aujourd’hui.

Entre le Saint-Siège et Cuba, les relations sont devenues si bonnes que le pape a pu déclarer avant son arrivée que « l’idéologie marxiste ne correspondait plus à la réalité » sans s’attirer les foudres des autorités. Nous jugeons « utile » l’échange d’idées à venir s’est contenté de répondre Bruno Rodriguez, le ministre cubain des Affaires étrangères, car le fait est que les dirigeants communistes ne sont plus loin de penser ce que pense Benoît XVI et qu’ils ont, en tout état de cause, besoin de lui.

C’est le président cubain lui-même, Raul Castro, frère de Fidel auquel il a succédé, qui a récemment lancé : « Ou nous changeons ou nous coulons » et il en est tellement persuadé qu’il s’est fait réformateur. Les Cubains ont désormais la possibilité de s’établir à leur compte dans près de 200 métiers. Ils peuvent vendre et acheter librement leurs automobiles et leurs appartements. Les entreprises d’Etat ont la possibilité de se transformer en coopératives ouvrières. Un plan de licenciements massif a été lancé dans la fonction publique afin de multiplier le nombre des créateurs d’entreprises et 1 300 000 hectares de terres ont été donnés en usufruit afin de réduire les importations alimentaires dans un pays dont 80% de la nourriture doivent être achetés à l’étranger.

Non seulement Cuba, l’un des derniers pays communistes au monde, s’ouvre à l’économie de marché 30 ans après la Chine mais Raul Castro a également lancé des réformes politiques en faisant de la lutte contre la corruption un objectif prioritaire, en limitant à deux le nombre de mandats consécutifs et en appelant au développement d’un « journalisme d’investigation » propre à « dépasser le triomphalisme ». C’est en quelque sorte la révolution dans la révolution mais aux dires mêmes du président cubain, ces réformes n’avancent qu’avec « beaucoup de difficultés » et pas seulement à cause d’une « mentalité » qu’il dit attachée à des « dogmes obsolètes ». Le problème est, premièrement, que beaucoup de Cubains ne veulent pas troquer la sécurité de l’emploi contre la libre entreprises alors que les conditions de son développement ne sont pas assurées et, deuxièmement, que Raul Castro veut promouvoir les libertés économiques tout en refusant le pluripartisme qui ne mènerait, dit-il, qu’à la légalisation d’un « parti de l’impérialisme ».

Ce qu’il veut, c’est une transition vers le modèle chinois, dictature politique et marché libre, et c’est pour cela qu’il a besoin de l’Eglise car elle peut être une force de médiation qui ne précipitera pas les choses par crainte des « traumatismes », comme dit le pape. Convaincue qu’un inéluctable changement est en marche, l’Eglise est, de fait, disposée à jouer ce jeu car cela élargit son influence tout en ménageant les étapes sans lesquelles l’écroulement du régime serait trop brutal. Le Vatican et le président cubain n’ont pas les mêmes objectifs mais ils travaillent, pour l’heure, main dans la main.

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