C’est devenu comme un réflexe, automatique et irréfléchi. On a tellement vu, depuis quatre ans maintenant, les pays de l’Union européenne voler au secours de banques en difficultés alors que leurs gouvernements, très majoritairement conservateurs, imposent parallèlement à l’Europe des politiques d’austérité qui tuent la croissance et l’emploi, on a tellement oublié également que, si les banques n’avaient pas été sauvées, toutes les nations européennes seraient aujourd’hui dans une absolue faillite, que quoi que fasse l’Union, elle est maintenant vilipendée comme une source d abominations.

La crise chypriote en est l’exemple le plus frappant. Dans cette affaire, les 17 ministres des Finances de la zone euro n’ont accepté d’éviter une faillite à ce paradis fiscal en lui prêtant de l’argent qu’à la condition qu’il s’aide lui-même en opérant une ponction sur ses comptes bancaires. C’était bien le moins. C’est le contraire qui eut été scandaleux mais ils n’ont aucunement exigé que tous les comptes, y compris les plus modestes, soient l’objet de prélèvements. Non ! Ils ont demandé que les autres pays de l’euro ne soient pas seuls à mettre la main à la poche avec leurs dix milliards de prêt et que Chypre trouve sept milliards de ressources propres sur des comptes qui avaient très largement profité d’un dumping fiscal et d’un blanchiment d’argent érigés en industrie nationale.

Face à cette exigence légitime, les dirigeants chypriotes ont alors préféré ponctionner tous les compte, quels que soient leurs avoirs, afin que les plus riches des déposants étrangers, notamment russes, ceux-là mêmes qui appréciaient tant les facilités fiscales et financières de cette ile, ne soient pas tentés de fuir ensuite vers d’autres paradis. C’est Chypre, et non pas l’Europe, qui avait fait ce choix de privilégier, contre toute justice, la défense des grosses fortunes russes mais lorsqu’une colère populaire a éclaté et que la représentation nationale a donc rejeté ce plan, qu’ont fait les dirigeants chypriotes ?

Ils ont fait exactement ce que font tous les gouvernements européens lorsque leurs choix suscitent un mécontentement, ils ont accusé « l’Europe », cette pelée, cette diablesse, qui leur aurait imposé ce qu’ils avaient eux-mêmes décidé. C’était banal, presque une règle, une habitude en tout cas, mais l’extraordinaire est qu’ils aient été crus jusqu’au-delà de leurs frontières et que cette affaire ait pu nourrir le procès contre « l’Europe » affameuse des peuples.

Il y a une raison à cela et elle est grave. Elle est que les politiques dictées à l’Union par les gouvernements conservateurs qui la dominent en vertu de la majorité qu’ils y détiennent aujourd’hui sont devenus tellement impopulaires que l’unité de l’Europe le devient également. Les nuages politiques s’accumulent sur l’Union et il est vraiment temps que des voix s’élèvent – celle, entre autres, de François Hollande jeudi soir – pour dire que les politiques d’austérité ne sont pas européennes mais conservatrices ; que l’Europe est une démocratie, dramatiquement incomplète mais une démocratie ; que si l’on souhaite qu’elle change de politiques, il faut en changer la majorité et que si l’on veut pouvoir demander des comptes à ses dirigeants, il faut pouvoir les élire – élire des dirigeants européens au suffrage universel paneuropéen.

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