Optimiste, on ne sait pas, mais certainement déterminé, John Kerry aura tout à l’heure, en Jordanie, un nouvel entretien avec Mahmoud Abbas, le président palestinien. Malgré l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations de paix israélo-palestiniennes qu’il a relancées en juillet dernier, le secrétaire d’Etat américain veut encore croire leur succès possible.

Il se refuse à renoncer. Il ne veut pas, et tant mieux, baisser les bras mais, plus grand encore que la question de Jérusalem, des colonies ou des réfugiés, un nouvel obstacle se dresse sur sa route.

Face à l’exigence du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, de voir les Palestiniens reconnaître son pays comme un « Etat juif », Mahmoud Abbas oppose un non catégorique, très probablement définitif et totalement approuvé par l’ensemble des pays arabes réunis hier à Koweit. Aussi profondément divisés qu’ils soient par le conflit syrien, l’attitude à avoir vis-à-vis des Frères musulmans et la stupéfiante violence de la répression dont la confrérie est victime en Egypte, les pays arabes sont à l’unisson des Palestiniens sur le refus de cette définition d’Israël comme « Etat juif » alors même qu’ils sont quasiment tous favorables à un accord de paix.

La paix pourrait bien buter sur ces deux mots mais pourquoi suscitent-ils tant d’intransigeance des deux côtés ?

Pour ce qui est de Benjamin Netanyahou, le problème est que ce conflit porte beaucoup moins, à ses yeux, sur un partage de territoires que sur la légitimité historique du retour des Juifs dans ce qui avait été leur pays. Il considère, autrement dit, que les Palestiniens peuvent accepter temporairement la solution à deux Etats mais que, tant qu’ils n’auront pas reconnu cette légitimité historique, ils seront susceptibles de revenir sur un accord de paix et de revendiquer la totalité de l’ancienne Palestine. Si nous reconnaissons un « Etat palestinien », pourquoi ne reconnaissent-ils pas un « Etat juif ? », martèle-t-il à l’envi mais, pour les Palestiniens, les choses ne sont pas aussi simples.

Si nous reconnaissons Israël, disent-ils, c’est évidemment un Etat juif et non pas martien que nous reconnaissons mais, outre que c’est à Israël et non pas à nous de définir ce qu’il veut être, on ne peut pas nous demander d’endosser le projet de recréation d’un Etat juif dans ce qui était notre pays, quand bien même cet Etat existe-t-il et l’acceptons-nous. Nous le pourrions d’autant moins, ajoutent-ils, que ce serait nier que cette terre a été nôtre pendant 2000 ans, que notre légitimité historique n’est certainement pas moins grande que celle des Israéliens et que des Arabes, aussi, sont citoyens israéliens.

C’est histoire contre histoire, un problème de narration, de dignités et de mythes nationaux, et c’est tout autant, bien sûr, un problème politique que la gauche et les centristes israéliens résument en expliquant que Benjamin Netanyahou ne veut pas d’un accord mais faire porter la responsabilité d’un échec à Mahmoud Abbas qui ne pourrait pas vendre à son peuple la narration israélienne sans être aussitôt massivement désavoué. Pas simple, pas insoluble non plus car cette paix, John Kerry et les Etats-Unis la veulent, mordicus.

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