A Paris ce mardi, le président chinois rencontre les dirigeants français, allemand et de la Commission européenne, signe d’un « réveil » de l’Europe face à une Chine qui a choisi d’affirmer sa puissance après des années de profil bas.

Le Président chinois Xi Jinping et Emmanuel Macron lors du dîner officiel au Palais de l’Élysée, lundi 25 mars.
Le Président chinois Xi Jinping et Emmanuel Macron lors du dîner officiel au Palais de l’Élysée, lundi 25 mars. © AFP / LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Il y a quinze ans, en 2004, Paris avait illuminé la Tour Eiffel en rouge pour saluer l’année de la Chine en France, et le monde était fasciné par la créativité qui provenait de ce pays en pleine transformation.
 

Cette vision optimiste de la trajectoire chinoise a cédé la place à de la méfiance, parfois à de la peur, en Europe notamment, face à un géant ambivalent, qui a sorti des centaines de millions de personnes de la misère, mais durci un totalitarisme que l’on espérait en recul. Pékin n’a pas réussi à rassurer sur le rôle et le comportement de la nouvelle superpuissance du XXIe siècle.
 

Ce ratage doit beaucoup à une inflexion stratégique majeure décidée par l’actuel numéro un chinois, Xi Jinping.
 

Dans les années 80, le vieux leader Deng Xiaoping, avait donné ce conseil à ses successeurs à la tête du Parti communiste, dans leur approche du monde : « ne montrez pas votre force et prenez votre temps ».
 

Ce fut la doctrine officielle jusqu’à Xi Jinping, qui a jugé que l’heure de la Chine était arrivée, et qu’il n’y avait plus de raison de « cacher sa force ». L’homme pressé qui dirige la Chine d’une main de fer depuis 2012 a transformé la posture chinoise d’« émergence pacifique », comme l’avait décrite son prédécesseur, à l’affirmation de la puissance de Pékin sur la scène mondiale.
 

Un exemple de cette affirmation de puissance. La Chine a publié il y a quatre ans son plan « Chine 2025 », qui définissait les secteurs stratégiques dans lesquels Pékin voulait devenir leader mondial : Robotique, intelligence artificielle, et autres technologies de pointe... Ce document a sonné l’alarme chez les Occidentaux qui avaient jusque-là considéré la Chine comme un pays en rattrapage. Au même moment, le rachat par la Chine du pionnier de la robotique allemand Kuka a provoqué un choc à Berlin, d’autant que la réciprocité serait impossible.
 

Les « nouvelles routes de la Soie » promues par Pékin sont le principal vecteur de cette affirmation de puissance, une stratégie d’influence à l’échelle mondiale.
 

En ordre dispersé, les Occidentaux ont commencé à réagir. Donald Trump a fait ... du Trump, et déclenché une guerre commerciale qui est toujours en cours. Les Européens, plus lentement et en ordre dispersé, ont eux aussi redéfini leur positionnement. 

La commission européenne parle dans un document de « rival systémique » à propos de la Chine, et Emmanuel Macron proclame la fin de la « naïveté » européenne ; plus vite dit que fait, en raison des divisions des « 28 ».
 

La rencontre qui se déroule ce matin à Paris entre Xi Jinping d’un côté, Emmanuel Macron, Angela Merkel et Jean-Claude Juncker de l’autre, participe de cette redéfinition des rapports de force.
 

L’objectif n’est pas une confrontation, mais de rechercher au contraire la voie étroite entre la tentation de la guerre froide des Américains, et les pulsions hégémoniques de la Chine. C’est que ce mini-sommet sans précédent tentera d’explorer avec le président chinois.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.