Les « 27 » tiennent un sommet par vision conférence aujourd’hui, pour préparer l’après-Coronavirus, lorsqu’il faudra gérer la reconstruction économique. Neuf pays dont la France réclament un « instrument de dette commun » pour mutualiser les dettes du coronavirus.

Filtrages à la frontière belge, mardi 24 mars : le chacun pour soi a fermé les frontières aux débuts de l’épidémie en Europe
Filtrages à la frontière belge, mardi 24 mars : le chacun pour soi a fermé les frontières aux débuts de l’épidémie en Europe © AFP / Crédit BENOIT DOPPAGNE / BELGA MAG / Belga

Il est inutile de faire un sondage pour savoir qu’aux yeux des citoyens européens, l’Europe n’a pas été au rendez-vous du déclenchement de la crise du coronavirus. Ce n’est pas faire de l’« Europe-bashing » que de constater que le chacun pour soi l’a emporté initialement sur la solidarité, même si ça change. 

Mais ce n’est pas la fin de l’histoire, pas même la fin de la crise du Covid-19, et si les États européens sont toujours plongés dans cette urgence sanitaire sans précédent, il faut déjà penser à l’après-coronavirus ; car il y aura un après, et il aura le goût amer de la récession économique, de la reconstruction comme après une guerre.

Ce sera l’un des enjeux du sommet par visioconférence que tiennent cet après-midi les 27 chefs d’État et de gouvernement, afin de ne pas décevoir lorsque l’heure des bilans aura sonné. Si l’Europe n’est pas à ce rendez-vous là non plus, « il y aura des lendemains politiques douloureux », confiait hier un conseiller de l’Élysée, évoquant de nouvelles poussées populistes, hostiles à la construction européenne.

Et comme à chaque crise, l’Europe se trouve face à un choix délicat. Les premières mesures de sauvegarde économique ont été prises, et elles sont spectaculaires, surtout avec le soutien de l’Allemagne à la levée des règles budgétaires strictes de la zone euro, et le soutien à la doctrine « quoi qu’il en coûte », c’est-à-dire, la dépense sans limite pour sauver les économies européennes. Mais ça ne suffit pas.

Neuf pays européens, dont la France, l’Italie, l’Espagne, le Luxembourg ou la Belgique, ont envoyé hier une lettre commune à Charles Michel, le Président du Conseil européen, pour demander la création d’un « instrument de dette commun ». Derrière cette formule technique se cache une idée simple : ce ne sont plus les États qui s’endetteraient, mais l’Europe, solidairement, au travers de ce qu’on a aussitôt baptisé des « coronabonds ». Ce que l’Europe n’a pas voulu faire lors de la crise grecque, les « 9 » proposent de le faire pour le coronavirus.

Cette proposition est donc tout sauf anodine, elle constitue un pas supplémentaire d’intégration au sein de la zone euro à la faveur de cette crise sans précédent. Une dose de « fédéralisme » si on ose un mot qui n’est plus employé par personne et qui fait peur.

Sans surprise, l’Allemagne et surtout les Pays-Bas sont contre cette proposition, et l’ont fait savoir mardi lors d’une réunion ministérielle de la zone euro. Ce vieux clivage resurgit, mais dans un contexte où les Européens n’ont pas le droit de se diviser, de se chamailler, ou de jouer la montre comme lors de négociations classiques.

Ce qui se joue, c’est un électrochoc nécessaire dans une ambiance de crise. Ce que l’Europe a raté dans la crise sanitaire, elle est plus légitime à le faire dans le domaine économique, c’est-à-dire protéger à un moment de grand danger.

Les dirigeants européens ne peuvent pas faire comme s’il ne s’était rien passé, ou alors ils se condamnent à l’insignifiance. C’est donc une crise existentielle pour les Européens face à la pandémie ; c’en est une aussi, pour une Europe sommée de montrer sa raison d’être.

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