Les chefs de la diplomatie française, italienne et allemande se sont retrouvés hier à Tripoli pour soutenir le nouveau gouvernement unifié libyen, premier vrai signe d’espoir de mettre fin à dix ans de chaos en Libye.

Les drapeaux de la Libye, de la France, de l'Italie, de l'Allemaagne, pour la conférence de presse commune des ministres des Affaires étrangères de ces pays, hier à Tripoli
Les drapeaux de la Libye, de la France, de l'Italie, de l'Allemaagne, pour la conférence de presse commune des ministres des Affaires étrangères de ces pays, hier à Tripoli © Pierre Haski

Quelle est la dernière fois qu’il y a eu un signe d’espoir en Libye, en dix ans de convulsions consécutives à la chute de Kadhafi ?

Depuis quelques jours, les Libyens affichent un optimisme prudent après la formation d’un gouvernement unifié, formé sous l’égide de l’ONU et qui a obtenu le soutien des institutions de Tripoli comme du Parlement installé dans l’Est du pays. Le tout avec un cessez-le-feu qui tient globalement depuis octobre dernier.

L’événement valait bien un soutien de l’Europe, inquiète du chaos libyen à quelques encablures des côtes italiennes. C’est ce que sont venus exprimer les ministres des affaires étrangères français, italien et allemand, qui se sont retrouvés pour quelques heures à Tripoli.

Cette démarche n’allait pas de soi, car les Européens ont longtemps été divisés, et même, pour la France et l’Italie, en rivalité en Libye. Jean-Yves Le Drian, Luigi di Maio et Heiko Maas, ont exprimé d’une seule voix leur soutien au nouveau premier ministre Abdelhamid Dbeibah et à sa tentative de pacifier ce pays meurtri. 

Le soutien français est notable après la déclaration d’Emmanuel Macron en début de semaine, reconnaissant une « dette » française vis-à-vis de la Libye pour l’intervention militaire, à l’initiative de Paris en 2011, qui a été suivie de dix ans de chaos. 

L’optimisme est en tous cas teinté de prudence à Tripoli, tant les obstacles sont nombreux. Mais même les représentants de la société civile qui ont rencontré les trois ministres européens ont jugé positifs les derniers développements.

La Libye revient de loin : il y a deux ans, Tripoli était sous le feu des hommes du maréchal Haftar, le chef militaire de l’est libyen, soutenu par la Russie, l’Égypte et les Émirats arabes unis, et qui a eu un temps les faveurs de la France, officiellement pour lutter contre le terrorisme. L’intervention turque a sauvé Tripoli, mais au prix d’une présence militaire encombrante.
 

Cet échec cuisant d’Haftar a sans doute apporté la preuve qu’une solution militaire est impossible. Il a fallu renouer les fils d’un processus politique mal en point. À l’arrivée, même Haftar a donné son soutien au nouveau gouvernement.

Sa tâche est complexe, il doit remettre en marche un État déliquescent, apporter les services de base à une population épuisée par ces années chaotiques, désarmer les milices qui ont proliféré, et, ce n’est pas le plus simple, organiser des élections présidentielle et législatives crédibles le 24 décembre.

Le trio européen a apporté un soutien politique enthousiaste à cette feuille de route, qui aura surtout besoin d’un soutien international pour la partie la plus délicate de son programme : le départ des forces étrangères. Ce départ est contenu dans l’accord de cessez-le-feu, mais il n’est pas gagné d’avance.

Il y a en effet en Libye des mercenaires syriens des deux côtés, des combattants russes du groupe Wagner à l’Est, et des soldats turcs à l’ouest. Ça fait beaucoup !

Ce gouvernement demande le départ rapide des mercenaires syriens, puis celui des vrais-faux privés comme le russe Wagner ou le turc Sadat, et, enfin, des soldats d’États étrangers. La Turquie d’Erdogan, qui a beaucoup investi dans la crise libyenne, s’y pliera-t-elle ? Il y aura certainement des tensions.

On n’en est pas là, et le gouvernement veut montrer aux Libyens, grâce aux revenus pétroliers qui étaient jusqu’ici gelés, qu’il peut assurer une transition positive, sans oublier personne. C’est le premier pas d’une longue marche.

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