Cela pose problème, trois vrais problèmes. La France et l’Allemagne peuvent tant qu’elles veulent plaider que cette mise entre parenthèse du Pacte de stabilité s’imposait car l’application de cet accord aurait, en l’occurrence, bridé leurs économies et que toute la zone euro y aurait perdu. Elles peuvent faire valoir que la stagnation dont elles souffrent constitue une circonstance exceptionnelle qui justifie cette entorse à la règle. Elles peuvent arguer que si leurs raisons avaient été infondées, elles n’auraient pas trouvé assez de capitales pour les aider à contrer la Commission, gardienne des engagements pris par les Etats-membres. Elles peuvent le dire car c’est vrai mais il n’en reste pas moins qu’elles ont fait jouer, là, leur puissance pour violer leur signature et que l’Allemagne, pire encore, bafoue des dispositions qu’elle avait elle-même conçues, quand l’euro s’annonçait et qu’elle était en meilleure forme. Or, premier problème, Jacques Chirac et Gerhard Schröder auraient fort bien pu ne pas se mettre dans cette situation si l’un et l’autre n’avaient pas décidé de baisser à tout prix leurs impôts. Ils l’ont voulu car ils croient qu’en redonnant du pouvoir d’achat aux consommateurs on favorise la relance, mais on peut tout aussi bien considérer que ces mesures profitent avant tout à des contribuables qui peuvent thésauriser et le feront et que leur avantage est beaucoup plus électoral qu’économique. Il n’était, en un mot, pas aussi impératif qu’on le dit de sortir du Pacte et deuxième problème, dès lors que l’Allemagne et la France ont pris de telles libertés avec ces règles et que la majorité de leurs partenaires les a laissé faire, ce Pacte est mort puisqu’il ne pourra plus jamais être invoqué contre quiconque. Tant mieux, pourrait-on dire. Tant mieux, murmure-t-on dans beaucoup de capitales car ce texte était, c’est vrai, trop mécanique, trop rigide, trop soucieux de stabilité monétaire et pas assez de croissance, mais si l’on doit changer des règles, il faut en négocier d’autres, ne pas s’en affranchir sans rien mettre à la place, sauf à instaurer la loi du plus fort. Ce n’est, jamais, la solution et dans ce cas, d’autant moins, que Paris et Berlin alimentent ainsi les craintes des petits pays européens qui grognent depuis des mois contre les tentations hégémoniques de la France et de l’Allemagne. Pour les pays qui vont rejoindre l’Union au printemps prochain après qu’on les a fait patienter dix ans au nom du nom du respect de « l’acquis communautaire », l’attitude de la FrancAllemagne est simplement suffocante. Pour la Finlande, l’Espagne ou les Pays-Bas qui se sont, eux, donné les moyens de respecter le Pacte, rien ne peut justifier ce comportement. Pour la Pologne et l’Espagne qui se heurtent à la France et l’Allemagne sur le projet de Constitution et leur futur poids dans l’Union, il y a là toutes les raisons de se montrer plus que jamais intraitables. Pour tous ceux des Européens, enfin, qui n’ont pas adhéré à la dénonciation franco-allemande de l’unilatéralisme américain dans l’affaire irakienne, il y a de quoi faire d’ironiques comparaisons. L’Europe eut de meilleurs jours.

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