On le sentait venir, c’est maintenant fait. Après avoir posé ses conditions, s’être fait beaucoup prier et avoir réservé sa réponse jusqu’à hier après-midi, la Syrie a accepté l’invitation des Etats-Unis. Elle participera, demain, à la réunion d’Annapolis sur la relance des négociations de paix israélo-palestiniennes. Elle y sera représentée par son vice-ministre des Affaires étrangères alors que les autres pays arabes le seront par le chef de leur diplomatie mais cette ultime coquetterie ne change rien à l’importance de cette décision. Alliée de l’Iran, grand soutien du Hezbollah libanais et protectrice du Hamas palestinien dont elle abrite les plus hauts dirigeants, la Syrie s’éloigne, là, d’un front dont elle est le pivot essentiel. Ce pas fait, Bachar al-Assad, son Président, s’est empressé d’appeler Mahmoud Ahmadinejad, le Président iranien, pour estimer, avec lui, que cette réunion était « vouée à l’échec ». Les ponts ne sont pas déjà rompus entre Damas et Téhéran. Les Syriens maintiendront le contact avec l’Iran tant qu’ils ne seront pas sûrs de pouvoir tirer tous les bénéfices qu’ils attendent de leur présence à Annapolis. Ils resteront dans l’ambiguïté, un pied dans chaque camp, tant qu’ils ne seront pas certains, premièrement, d’obtenir l’enlisement de l’enquête ouverte par l’Onu après l’assassinat, en 2005, de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri ; deuxièmement, de trouver des arrangements politiques leur permettant de garder une influence au Liban et, troisièmement, d’éviter qu’une normalisation israélo-arabe ne se fasse, dans la dynamique d’Annapolis, sans qu’ils ne récupèrent le Golan, annexé par Israël depuis 1981. La Syrie n’a pas de garantie. Rien n’est joué d’avance mais il ne s’agit pas, pour elle, d’espoirs infondés car les Israéliens, les capitales arabes, les Américains et les Palestiniens du Fatah ont, tous, tout intérêt à isoler l’Iran et le Hamas en la faisant basculer dans le camp dans la paix. C’est si vrai qu’ils ont tous fait des pieds et des mains pour la convaincre de venir à Annapolis. Les Américains ont accepté que les Syriens y soulèvent la question du Golan qui sera incluse dans les négociations qui suivront. Non seulement les Israéliens n’y ont pas fait obstacle mais ils y ont poussé et se sont félicités, hier, de la décision de Bachar al-Assad en déclarant que « cette conférence était destinée à faire avancer le processus de paix israélo-palestinien et à donner, aussi, la possibilité d’ouvrir d’autres avenues vers la paix », autrement dit avec la Syrie. Cet ébranlement des lignes de front, en défaveur de l’Iran et du Hamas, vient ainsi renforcer les chances de voir la réunion d’Annapolis déboucher non pas sur des négociations – ce qui est acquis – mais sur une mise à plat de tous les contentieux israélo-palestiniens et israélo-arabes pouvant mener à la coexistence de deux Etats et à la reconnaissance d’Israël par l’ensemble des pays arabes. On n’y est, évidemment, pas. Le succès est tout sauf assuré mais il est temps d'admettre que, non, l’échec n’est pas programmé.

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