Comme il y eut l’affrontement franco-allemand et comme il y a le conflit israélo-arabe, l’Inde et le Pakistan sont des ennemis historiques. Depuis l’indépendance, en 1947, des Indes britanniques, leur partition et la naissance du Pakistan, ces deux voisins nés d’une déchirure sont allés d’une guerre à l’autre, se disputant la région limitrophe du Cachemire et, toujours face à face, forts des armes nucléaires dont ils se sont dotés il y a dix ans. Rien n’a jamais semblé pouvoir les concilier mais, dimanche, le nouveau président pakistanais, Asif Ali Zardari, a soudain tendu la main à l’Inde comme aucun de ses prédécesseurs ne l’avait jamais fait. Au cours d’une vidéo conférence organisée par un grand quotidien indien et dont la presse des deux pays s’est fait l’écho lundi, il a annoncé que le Pakistan renonçait à faire usage le premier de sa force de frappe, souhaitait marcher vers une dénucléarisation de l’Asie du sud et proposait l’instauration d’une zone de libre-échange indo-pakistanaise, autrement dit d’un marché commun qui évoque, bien sûr, celui sur lequel s’était, petit à petit, bâtie l’Union européenne. Il est difficile de dire si ces offres, aussi spectaculaires que la visite en Israël, en 1977, du président égyptien Anouar El-Sadate, seront à même de modifier la donne régionale mais Asif Ali Zardari a de profondes raisons de vouloir une détente avec l’Inde. Elu en septembre dernier après une énième période de dictature militaire, le veuf de Benazir Bhutto sait, d’abord, qu’il ne pourra pas assurer de retour durable à la démocratie sans desserrer l’étreinte qu’exercent sur son pays les militaires et, surtout, les services secrets dont le conflit avec l’Inde a fait un Etat dans l’Etat. Pour le président pakistanais, tourner la page de cette guerre rampante, c’est réduire le poids des services, donner une chance à la démocratie, et, signe des temps, il a purement et simplement dissous, ce même dimanche, la « branche politique » des services secrets, leur instrument de contrôle de la scène intérieure. Deuxième point, au bord de la faillite financière, le Pakistan a dû, lundi soir, demander l’aide du Fonds monétaire international. Il vient juste de l’obtenir mais, en montrant un désir de diminuer les dépenses militaires, Asif Ali Zardari n’a pu que faciliter les choses et, peut-être, répondre à une condition discrètement posée par le FMI. Dernier point, enfin, mais non le moindre, les Pakistanais savent que Barack Obama va décupler les pressions que les Etats-Unis exercent sur eux afin qu’ils se décident à vraiment mettre de l’ordre dans leur zone frontalière avec l’Afghanistan, terrain de repli des maquisards taliban et probable cache des dirigeants d’al Qaëda. Les Pakistanais devaient donner de vrais gages aux Américains. Il n’en était pas de meilleur que de manifester ce désir de se dégager du front indien pour s’engager sur le front afghan et le Pakistan fait, là, d’une pierre deux coups puisque les Etats-Unis vont, désormais, faire pression sur l’Inde pour qu’elle réponde à ce geste. Les lignes bougent dans cette région.

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