Aubades et sérénades, la Russie n’en finit plus de courtiser l’Europe. Cela avait commencé par le discours dans lequel Dmitri Medvedev, sitôt élu, avait proposé un nouveau pacte de sécurité européen en rappelant que son pays était l’une des trois branches de la civilisation européenne avec les Etats-Unis et les 27 pays de l’Union. Puis il y eut cette idée d’un partenariat, économique et politique, entre l’Union européenne et la Fédération de Russie qui a fini par beaucoup intéresser la France et l’Allemagne. Ensuite, le week-end dernier, ce fut cet accord de principe que Dmitri Medvedev a donné à la participation de son pays au bouclier anti-missile dont l’Otan veut doter l’Europe. Cela faisait déjà beaucoup mais voilà, maintenant, que Vladimir Poutine avance une nouvelle proposition. A la veille de la visite officielle qui le mène aujourd’hui en Allemagne, il a appelé à la constitution d’un « espace de libre-échange de Lisbonne à Vladivostok », en d’autres termes d’un marché commun allant du sud-ouest de l’Union au nord-est de la Russie. La Russie, explique-t-il, est très dépendante du cours des matières premières ; l’Union européenne, poursuit-il, est menacée d’un affaiblissement de ses positions après une longue période de désindustrialisation. La possibilité s’offre d’une synthèse, conclue-t-il, entre une économie établie et une autre, en développement. Jamais, sans doute, la Russie n’était allée aussi loin dans ses offres de construction d’une Europe unifiée entre ses deux piliers que sont l’Union et la Fédération. Jamais, surtout, Vladimir Poutine n’avait aussi clairement joint sa voix à celle de Dmitri Medvedev dans cette opération de séduction des 27 mais pourquoi la Russie se montre-t-elle aussi pressante et avec tant de constance ? La première raison en est que toute l’évolution du monde la pousse à se rapprocher des Occidentaux et faire front avec eux. Comme eux, l’ascension économique et politique de la Chine l’inquiète ; comme à eux, les bouillonnements du monde musulman lui semblent imprévisibles et menaçants et ces deux défis la préoccupent encore plus que les Occidentaux parce que la Chine est à sa frontière et pèse toujours plus dans la Sibérie russe et que le monde musulman la borde et pénètre ses propres républiques musulmanes et pas seulement la Tchétchénie. La deuxième raison de ce désir de rapprochement est que la Russie a besoin, en même temps, des entreprises occidentales pour se moderniser et des places financières européennes et américaines pour investir l’argent que lui rapportent son gaz et pétrole. Quant à la troisième raison qui conduit les Russes à se tourner vers l’Ouest, elle est que la continuité territoriale et la proximité culturelle font de l’Union européenne son partenaire économique le plus naturel mais qu’elle ne peut pas s’en rapprocher sans se rapprocher, du même pas, des Etats-Unis car elle serait alors soupçonnée de vouloir éloigner l’Europe de l’Amérique. C’est à l’Occident que la Russie tend une main qu’il serait bien avisé de saisir.

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